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 Convalescence de l'âme

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Akamatsu Seito
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Jisei no Ôyashima
Eveils: Gokai
Surnom: Saigo no Yoake
Clan: Akamatsu


MessageSujet: Convalescence de l'âme   Jeu 5 Fév - 15:27

-Je voudrais consulter les archives.

L’homme derrière le bureau en bois de chêne finement décoré redressa sa tête pâle et frêle. Il était évident que les rayons du soleil n’avaient pas effleuré sa peau depuis bien longtemps. Sa réponse sèche trahit son agacement. Il venait d’être interrompu dans un travail qui semblait minutieux, plus que fastidieux.

-Un document en particulier ?

Ses mots se voulaient pressant. Bien qu’il ait immédiatement reconnu son interlocuteur, il fit preuve d’un certain mépris à son égard. Derrière lui, des étagères gigantesques, véritables dédales de manuscrit diverses et variés. Il en était le gardien, du moins le pensait-il.  Comme il se croyait régent de cette armée d’hommes, tous semblables, qui s’affairaient à ranger, classer, entretenir tous les ouvrages répertoriés. Tel était la Grande Bibliothèque d’Ôyashima, véritable tour de la Connaissance, au sein du Tengoku. Pour y accéder il fallait donc démontrer sa volonté d’esprit en gravissant le Mont Shôten et se présenter comme digne (de confiance surtout) pour  pénétrer dans la Cité Impériale

- Le rapport sur la disparition de Shingen Kamiizumi, survenue aux premiers temps de l’instauration du Saint Empire.

Le vieil homme réajusta ses petites lunettes. Les traits de son visage déjà ridés se crispèrent d’avantage. Il délaissa sa plume dorée et ses calligraphies, sans pour autant perdre le fil de sa progression. Cette fois, son regard espiègle plongea dans celui de l’homme, qui revêtait une grande tunique rouge et or, dont les motifs et la qualité du tissu révélait sa classe social et plus encore son rang.

-Il s’agit d’une section requérant une autorisation spéciale, même pour vous... Est-ce notre vénérable Empereur qui vous envoie ?

-Est-ce là, la question du Grand Archiviste Impérial ou celle de Kyôgoku Daisuke, l’un des plus complaisant serviteurs de Tennô Akamatsu ?


Tout le corps de Daisuke se raidit d’une colère qui lui était difficile de contenir. Il avait relevé le ton incisif et ce qu’il signifiait : Il n’était qu’un bureaucrate opportuniste, qui se prenait pour un grand intellectuel de son temps.  Lorsqu’il  œuvrait à la cité d’Asahi, il était le scribe personnel de Tennô Akamatsu, alors seigneur. Ce dernier, parait-il, lasse de son ton obséquieux et de ses demandes de faveurs incessantes, s’en serait débarrassé lors de son ascension, en lui attribuant finalement la plus haute fonction du lieu le moins côtoyé de tout Ôyashima (après la Vallée des peurs sans doute). Un emprisonnement maquillé. L'archiviste, loin de comprendre cela, était fier de son nouveau rôle.

-Vous n’avez aucune autorité en ce lieu ! Je vais devoir lui en référer…

Un rictus nerveux se dessina sur le visage encore fatigué du jeune seigneur. Il ne pouvait dissimuler une once de crainte à l’idée qu’une telle chose se produise. Mais si défier son oncle le terrifier, obliger le pleutre qui lui faisait face à engloutir chacune des pages de son précieux registre le satisferait grandement.

-Croyez-moi... Il vaudrait mieux que notre saint Empereur n’en sache rien.

- Et dans le cas contraire ?

Akamatsu Seito, s’appuya sur le magnifique bureau de ses deux mains, laissant entrevoir par le haut de sa tunique les bandages encore serrés contre sa poitrine, fraichement refait ce matin, date à laquelle il avait été autorisé à quitter ce lieu. Sa voix n’était pas menaçante. Elle arborait simplement ce cynisme qui lui était propre.

- Vous devrez alors vous poser une nouvelle question « Grand Archiviste » : Est-ce que tous ces livres m’ont permis de m’éveiller au Fushichou no Hikari (Lumière du Phénix) ?

Un silence s’instaura.  Il était de notoriété publique que le Grand Archiviste, troisième de sa famille, n’avait jamais fait ses classes militaires et n’avait jamais atteint le stade premier de l’éveil. Et bien qu’il se sente en sécurité en son royaume, en cet instant il comprit que le seigneur d’Asahi était prêt à tout, aujourd’hui. A quoi bon le menaçait du courroux d’un Empereur sévère, alors qu’il en avait fait les frais quelques semaines auparavant. Oui, en cet instant, Seito semblait avoir oublié son inébranlable sens du respect des fonctions et son amour inculqué depuis son plus jeune âge pour le protocole, au moins face à cet être abject. La demande se fit donc plus insistante.

-La disparition de Shingen Kamiizumi… J’attends, je vous prie.

Son interlocuteur n’hésita qu’un bref moment.

-Un instant.

Il revint plus rapidement que ce qu’on aurait pu le penser. Il était donc vrai, que sans fil d’Arianne, cet homme connaissait les moindres recoins de cette bibliothèque, tel un rongeur pensa Seito.

-Que dois-je inscrire en motif de consultation ?

Le dernier des Akamatsu s’empressa de récupérer le document qu’on lui tendit. Il faisait alors volteface, déjà  obnubilé par le rapport qu’il tenait entre les mains. Il répondit les yeux scrutant le fin papier, d’un ton faussement amusé :

-Convalescence.



Le soleil du Sud, leurs sols arides, leurs paysages rocheux et leurs sécheresses saisonnières. Pour qui ne connaissait pas ces terres, seul un fou oserait s’aventurait en un pareil endroit. En cet instant pourtant, il y en eut deux, dissimulés dans l’ombre qu’offrait la petite grotte naturelle, où ils s’étaient donnés rendez-vous. Il était difficile de savoir depuis combien ils patientaient ainsi.

Lorsque j’ai sombré dans l'obscurité, je me rappelle d’un cri... Le vôtre.

Il se tût instant, donnant l’impression de réunir ses pensées. Quelles étaient ses désirs les plus enfouies concernant cette rencontre ? Voulait-il parler au régent de Saishin ou à l'être qui avait partagé sa souffrance pour un temps ?

Je vous remercie d’avoir accepté mon invitation.

Au travers du vent qui s’engouffrait dans cette espace confiné, ses mots étaient chargés de tout le poids que cette rencontre signifiait. Chacun risquait la peine capital pour une entrevue comme celle-ci,  s’apparentant à de la haute trahison. Car bien que seigneurs tous deux, ils devaient rendre des comptes à une autorité qui leur était supérieur à chacun. Ils avaient d’ailleurs tous deux étaient sévèrement punis par l’une de ses autorités. Pourtant ils étaient là, de nouveau ensemble, les chevaux attachés à quelques mètres d’eux.

Nombreux sont ceux qui pensent vous connaitre seigneur Kamiizumi. Ils croient pouvoir vous apprivoiser, tel une bête démoniaque qui agirait à leur guise pour assouvir des desseins qu’ils n’ont pas encore le courage de revendiquer…

Il était difficile de savoir quel nom véritable se dessinait sous ce portrait qu’il dépeignait. Sakuma, la Démone du Sud ou Ôsaki, l’esprit malin du Nord.


Ils ne vous considèrent guère plus. Ils vous imaginent fou de désespoir, perdu dans un monde que vous ne comprenez pas.  Ils vous croient dans un désarroi profond et veulent abuser de cet état  et de votre soif de vengeance grandissante, qui elle est bien réelle, je le crains. Ils vous promettront, si ce n’est déjà fait, des réponses qu’ils n’ont pas et un avenir meilleur pour les vôtres. Vous et moi en avons déjà eu un aperçu dans la tour Tô…

En effet, l’alchimiste qui leur avait échappé avait profité d’une faille, qu’il avait entrouverte par de simples mots dans l’esprit de Musashi. Les conséquences de cette fuite, ils les connaissaient, bien que seulement un des deux avait pu voir ses plaies pansées. Seito fixa un temps l’endroit où devait se trouver le membre disparu.

Je n’aurais pas la prétention d’affirmer que je vous connais mieux que les autres. Mais contrairement à eux, j’ai le mérite de croire en votre esprit éclairé plutôt qu'en votre haine accablante .

Il s’arrêta une nouvelle fois. Un sourire désolé apparut, qui s'effaça rapidement pour laisser place à un ton plus solennel.

Mais je parle beaucoup… Et si je les accuse d’utiliser la rhétorique et le beau langage contre vous, vous pourriez me reprocher d’user pour ma part de flatterie à votre égard. Aussi je n’insulterai guère plus longtemps votre intelligence et irai droit au but : Quelles sont vos intentions désormais Kamiizumi Musashi ?

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Kamiizumi Musashi
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Jisei no Ôyashima
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MessageSujet: Re: Convalescence de l'âme   Sam 7 Fév - 0:25

" Le corps guérit, en dépit de l'âme marquée à vie.

La douleur a de multiples facettes. Elle peut être un dernier élan d'espoir, signe de renouveau; Ou le début du tourment, l'abandon à l'obscurité. La facilité amène à la présomption, et la présomption amène au chagrin.

La douleur est temporaire, elle est définie dans le temps. Le courage est celui qui t'élèvera de cette mélancolie, pour te faire découvrir la lumière cachée par les ténèbres de la tristesse. Alors tu contempleras le chemin qui te mènera à la quête du bonheur.

Tu n'es pas seul mon fils, Shingen Kamiizumi. "


Ses paupières s'entrouvrirent. Une lumière éclatante accompagnée d'une chaleur réconfortante demeurait dans la chambre. La nuit avait été reposante. Il étendit ses jambes, et poussa le drap sur le côté du lit. Dans un coin de la pièce, une silhouette féminine l'observait. Il redressa le buste et s'appuya sur ses coudes, le regard pointé vers la femme. Elle s'approcha félinement de lui pour être à la lumière du jour. C'était la première fois qu'il la voyait sourire.

« Yuki. »

Elle rit aux éclats en voyant le visage hébété de Musashi, et lui fit signe de la suivre avec ses doigts fins. Elle marcha vers le panneau coulissant qui faisait face à la couche du Seigneur, et l'ouvrit avant de sortir à l'extérieur. Le jeune homme prit appui sur ses deux mains et se mit debout. Il s'étira les bras et emboita le pas de la beauté froide. Lorsqu'il arriva dans l'encadrement de la porte, la vision qui s'offrit à lui, lui coupa le souffle. Des enfants jouaient, criaient, sautaient au milieu d'un jardin vert et fleurissant. En son centre, un cerisier magnifique était planté. Devant, Yuki l'attendait, accompagnait de deux autres personnes familières. Les larmes inondèrent ses pupilles écarlates.

« .. Otosan .. Okasan .. »


Musashi descendit l'escalier euphorique, et traversa le jardin rempli de jeunes garçons et filles aux visages radieux. Il caressa les cheveux de ceux qui détiendraient l'avenir du pays. Un futur synonyme de joie et de gaieté pour tous. Il continua sa route -Le Feu- quand une soudaine douleur lui traversa le bras gauche. Il mit un genou à terre dans un grognement puis se releva. Il reprit sa marche -Le Feu- mais un terrible mal de crâne lui arracha un gémissement de souffrance. Il tomba sur les rotules en se tenant la tête. Les traits du visage tirés, des flammes se répandirent dans son esprit tel une vague déchainée. Il se releva une nouvelle fois dans un effort surhumain et s'adressa à ses proches, mais aucun son ne sorti de sa bouche. Les yeux écarquillés, il observa ses parents et Yuki s'éloigner lentement de lui. Il s'élança -Le Feu- avant qu'une terrible sensation de brûlure envahisse son corps entier ! Un hurlement effroyable sorti de son gosier en même temps que sa face bascula vers les cieux. Il dégringola en avant et s'écroula sur ses coudes. Il fixa son bras gauche devenu noir. Sa respiration s'accéléra -Le Feu- son pouls s'intensifia -Le Feu- son bras tomba en cendres sous ses yeux injectés de sang. Un incendie éclata autour de lui. Un dernier cri résonna.
* Le cerisier prit Feu. *


Ses paupières s'entrouvrirent. Une atmosphère pesante accompagnée par un nuage de fumé nauséabond régnait dans les appartements. La nuit avait été agitée. Il se tourna sur son flanc droit, et s'aida de sa seule main pour relever le buste et l'appuyait contre le mur. Autour de lui, il constata avec mépris le désordre dans lequel il s'était assoupi. Il n'avait aucun souvenir de la veille, hormis le fait qu'il ne soit pas arrivé à atteindre son lit pour dormir. Il prit une profonde inspiration pour essayer de calmer ces maux de tête qui tambourinaient entre ses tempes. Il se leva difficilement du plancher pour s'approcher de la table sur lequel gisait une boîte. Il marcha aléatoirement jusqu'au meuble et voulut s'appuyer avec l'aide de sa main gauche, mais il chuta lourdement sur le sol. Sa face heurta durement le bois.

« K'so .. »

Le retour à la réalité fut brutal. Le Seigneur était manchot, et le sang qui ruisselait désormais sur son front, lui rafraichit la mémoire. Il se releva lentement et se mit droit. La chambre ne cessait de bouger de haut en bas, et il avait du mal à garder l'équilibre. Il renifla et s'assit sur la chaise la plus proche. Sur la table, le coffret semblait le fixer. La pipe et l'opium étaient disposés de façon anarchique. Il passa ses doigts sur son visage fatigué et attrapa sa drogue pour la ranger précieusement dans le boitier. Son regard hagard se posa sur son membre atrophié. La douleur avait disparu, mais temporairement. Sur le bureau, une vieille lettre de son père était disposée. La culpabilité s'accapara de son âme.

« Gomen-nasai. »

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Un silence s'était imposé entre les deux protagonistes. Musashi avait patiemment écouté son visiteur de la cité impériale, mais son impassibilité était déconcertante. L'invitation de Seito était arrivée dans la matinée. Un entretien secret à l'abri des regards indiscrets. Les dernières paroles de l'homme d'Asahi résonnèrent entre les parois rocheuses.

« Pardonnez-moi, Seigneur Akamatsu, mais depuis notre rencontre avec votre Oncle, mes intentions étaient claires.
Le Seppuku.
Mais mon retour dans la cité de Saishin a changé le cours de ma vie .. Demain est un autre jour. »


Le dernier Kamiizumi se détourna de son homologue pour admirer la splendeur de l'écume, sous le fracas des masses d'eau contre les rochers. Le flot continu de l'océan résonnait dans l'enceinte de la petite cavité en bord de mer. Le son de la houle reposait son esprit. Les liens qui unissaient les deux Seigneurs s'étaient considérablement renforcés après avoir été humilié et torturé par l'Empereur. C'était pour cette seule et unique raison que Musashi avait accepté de rencontrer Seito. Ils n'étaient pas amis, et pourtant, il savait qu'il devait l'écouter. Sa main droite passa délicatement sur son épaule gauche.

« L'Empire se meurt. La Grande Guerre n'est que le prologue d'un destin plus funeste. Vous le ressentez comme moi. C'est pour cela que vous êtes ici. Vous n'êtes pas aveugle, et vous voyez bien la vengeance du Nord et le courroux du Sud prêt à s'abattre sur le Tengoku.
Vous êtes sous les ordres d'un Tyran. Son égocentrisme et son ambition amèneront le Chaos sur Ôyashima. Que comptez-vous faire alors que les prémices de la fin de l'ère du Soleil, éclosent sous le ciel pourpre ? »

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"Au coeur des ténèbres, je ne cherche pas la lumière.. Je la crée."
Musashi Kamiizumi


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Akamatsu Seito
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Jisei no Ôyashima
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MessageSujet: Re: Convalescence de l'âme   Dim 22 Fév - 10:59

Un mot. Un seul mot résonna en écho. « Seppuku ».

Le bruit des vagues se changea en un vacarme assourdissant.  L’assemblée réunie fut nombreuse ce jour-là. Elle s’affaira dans une immense salle ornée d’or au cœur même du Sanctuaire d’Asahi. Depuis combien de temps ne l’avait-il plus franchi ? Il le savait ; cela faisait maintenant près de vingt années. Et il se rappelait des moindres détails de cette funeste cérémonie, gravée à jamais dans son esprit troublé. Le moment choisi avait été évident. Lorsque l’astre du jour serait à son zénith, dominant ainsi des cieux, la terre tout entière ; Amaterasu contemplerait cette sentence historique, premier et dernier juge de la destinée du condamné.


Une telle assemblée témoigne de l’honneur et du respect faits à ton père et à son rang, Seito !

Une leçon si primordiale était encore trop floue pour le jeune enfant. Lui qui se demandait, si cette foule méprisante ne pouvait pas honorer et respecter son père, si bon et si grand à travers ses yeux juvéniles, autrement qu’en se murant dans un silence morbide, sans l’arrêter lorsqu’il transpercerait lui-même sa chair, sans avoir le droit de pousser un seul cri. Il était pourtant là, aux premières loges, comprenant sans déni. Était-ce donc la place du fils d'un traitre ou bien celle de l’héritier de toute une dynastie ? Il éprouva un regain d’énergie et un sentiment de fierté, lorsqu’il vit son père à genoux, vêtu d’un magnifique kimono  d’une blancheur éclatante. Il se remémora les séances d’entrainement et de méditation en sa compagnie. Il était beau ; ses cheveux attachés, son visage paisible, son regard inébranlable, fixant avec ferveur son avenir,  son  unique descendance et peut être l’horizon d’un empire majestueux.  Les rayons du soleil s’infiltrèrent par les grands vitraux colorés, illuminant ce cœur vaillant de mille feux, ainsi que le froid Kusungobu finement aiguisé, placé devant lui.

Le général déchu s’exprima une dernière fois. Ses paroles finales lui étaient adressées, mais Seito n’entendit plus. Un son strident aux creux de ses oreilles, semblable au sifflement d’un serpent en chasse, masquait tous les bruits environnant. Les lèvres de son père remuèrent avec intensité.  «Fais silence ; c’est la loi !». Ses mains enveloppèrent d’un tissu blanc la lame de son propre crime. «Ne pleure pas et reste digne ; c’est ton devoir !». La pointe força violemment contre la résistance de la peau trop souple de son abdomen. «Regarde fièrement les entrailles et le sang se déversaient lentement ; c’est ton père !». Le tracé argenté se fraya un chemin jusqu’à son ombilic; le kimono blanc se teinta alors de rouge ; la lueur de vie dans ses yeux clairs s’estompa progressivement. L’ombre immense qui l’avait surplombé depuis le commencement était la mort incarnée portant le titre de Kaishaku. Cet être leva un imposant katana dans l’axe de la nuque. Seito l’observa, apeuré, les muscles raidis et la boule au ventre. Il le connaissait, même pour son jeune âge.  C’était son oncle, le nouvel empereur, Tennô Akamatsu. Il déglutit juste avant que l’acier ne fende l’air. Son cœur palpita.  Ses membres tremblèrent. Il s’efforça de tenir sur ses jambes et de rester conscient, mais ne put résister au poids de la culpabilité et ferma les paupières un bref instant seulement. Il implora désespérément la déesse dans une ultime prière… Le sifflement strident s’accentua. Puis le serpent se liquéfia en une coulée d’eau au clapotis régulier. La rivière se jeta dans le fleuve. Le fleuve retourna à la mer. Le bruit des flots s’intensifia.


Lorsqu’il ouvrit de nouveau les yeux, Akamatsu Seito  fut subjugué. Comment les mots de cet homme pouvaient-ils exprimer un espoir si grand de renouveau, avec un regard empli d’une telle mélancolie ?


Vous connaissez sans nul doute l’ouvrage « l’Art de la Guerre », seigneur Kamiizumi ? Plusieurs cités l’utilisent pour former leurs hauts gradés. Mon père m’en a légué un exemplaire de la version originale. Si l’auteur semble être un stratège connu, certains affirment qu’il s’agit en réalité d’une écriture à plusieurs mains des plus grands guerriers de l’Ancien Temps. Car un tel condensé de de sagesse ne pourrait être écrit par un  esprit unique. Si je devais résumer toute cette philosophie et ses précieux adages, en une seule phrase, je dirais que… La fin ne justifie en rien les moyens.


Il prit un temps avant de poursuivre d’un ton plus solennel.


Vous me demandez ce que je compte faire ? Peut-être simplement respecter l’héritage de mon défunt père ou honorer la mémoire de nos ancêtres, qui ont pris grand soin de nous transmettre leur sagesse éternelle…

Ses mots ne purent dissimuler son engouement certain.

Si le ciel pourpre, dont vous me parlez, n’est que le toit d’un monde dévasté par des guerres incessantes  animées par la destruction et la vengeance, alors mon devoir est de préserver la lumière  ardente qui a su faire régner l’unité en ce pays.  Je chasserai donc les Ténèbres les plus obscures, car nourries par la peur et la mort, elles ne seront jamais rassasiées, j’en suis certain !

Il se détourna alors à son tour de son interlocuteur, s’approchant d’un pas décidé de sa monture à l’épaisse encolure, qu’il ne manqua pas de caresser. Mais ce qu’il voulait, se trouvait dans la sacoche attachée solidement à la croupe. Il en sortit un paquet emmitouflé, qu’il saisit avec précaution. Il revint alors sur ses pas, semblant préoccupé à scruter le sol cette fois. Lorsqu’il trouva enfin satisfaction, il se mit à genoux. La surface choisie était sans nul doute la plus stable et la plus régulière de cette niche rocheuse. C’est ce qu’il pensa tout du moins. « Niche rocheuse ».  Cette idée le fit sourire. Peut-être était-ce là leur réelle condition à tous les deux. Deux bêtes apprivoisées se terrant dans l’obscurité, effrayés et pourtant fascinés par le monde extérieur…

Mon père m’a laissé trois reliques après sa mort. L’ouvrage dont je vous ai parlé est la première. Et voici la deuxième...

Il déballa avec minutie ce qui ressemblait à un précieux trésor. Une fois l’épaisse couverture enlevée, il présenta un tablier particulier. Il s’agissait d’un goban, en bois précieux taillé harmonieusement à la main. Il était accompagné par deux petits bols de bois également, avec leurs couvercles, remplis de pierres, en forme de lentille biconvexe, respectivement faites de coquillage pour l’un et d’ardoise pour l’autre. Un jeu de Go.

Etes-vous joueur Musashi ?


Son sourire affiché ne fit qu’accentuer l’invitation.

Mon paternel aimait agrémenter nos duels par des enjeux enfantins. J’étais très jeune à l’époque.

Il parut réfléchir, presque amusé.

Disons, que le vainqueur obtient le droit de demander une faveur au vaincu, qui puisse être dans le pouvoir de ce dernier, évidemment. Qu'en pensez-vous ?

D’un geste nonchalant, il poussa délicatement le récipient contenant les pierres d’ardoise, vers le coté de son adversaire.

Les noirs commencent…

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Kamiizumi Musashi
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MessageSujet: Re: Convalescence de l'âme   Ven 6 Mar - 0:29

Musashi contemplait le rythme infini des remous de l'eau. L'océan avait le pouvoir inédit de changer l'essence des émotions d'un homme. Une tempête éveillait la colère et la crainte, tandis que le calme plat rendait nostalgique ou maussade. Aujourd'hui, elle apportait la paix et la sérénité de l'âme. Les ondulations faisaient oublier les graines qui s'écoulaient dans le sablier du temps. Son esprit surfait sur les vagues dotées de la puissance du Dieu des mers, Ryûjin. L'humilité inonda son être devant la beauté de la nature. Il tendit son bras droit afin que sa peau mâte puisse ressentir les bienfaits des rayons du Soleil. Une sensation de chaleur traversa son corps. Il ferma les yeux un instant pour se plonger dans la profondeur des éléments.

« La Lumière ardente que vous défendez au cœur des ténèbres du Chaos n'est qu'illusoire seigneur Akamatsu. Cependant, ma cicatrice est bien réelle. »

Le Seigneur du Sud soupira avant d'ouvrir les yeux. Il passa ensuite sa main dans ses cheveux, et dû s'y reprendre à deux fois pour les attacher en chignon. Les gestes du quotidien n'étaient plus aussi simples qu'auparavant. Il se retourna pour faire face à son compagnon de douleur. Son regard las pouvait se discerner sur son visage dans l'ombre d'une mèche. Ses pupilles vinrent sonder celles de son visiteur. Cet homme avait vu la mort honorable de son père, ordonné par son oncle. Un évènement tragique faisant écho à l’exécution publique de l'ancien Seigneur Ôsaki, pour préserver son peuple du sort que le clan Asakura avait subi. Un acte honteux rappelant l'incendie de l'orphelinat, ainsi que la disparition de ses parents.

« L'héritage de devoir commettre le Seppuku en guise de sacrifice pour un Tyran aveuglé par la quête de l'Immortalité ? La sagesse d'un homme se prouve par son expérience, et non par son ignorance. »

Le dernier Kamiizumi s'approcha de Seito et s'assit en position tailleur face à lui. Il attrapa le récipient et sortit un pion noir qu'il plaça sur le goban de bois finement taillé. Chacun à leur tour, il déplaçait les pièces de manières réfléchies. Le jeu de Go était souvent utilisé dans l'école militaire. Le but était d'apprendre la stratégie militaire aux futurs dirigeants des armées seigneuriales par la compétitivité et le divertissement. Chaque partie pouvait être assimilée à un duel entre deux chefs de guerre sur un champ de bataille. Les joueurs étaient aguerris, et l'enjeu non négligeable.

« Vous n'êtes pas censés ignorer qu'avant d'être un seigneur sous les ordres de l'Empereur, je suis le représentant officiel d'un clan vassal au clan Sakuma. Et si vous êtes venus en quête d'une allégeance officieuse contre la Dame du monde de Yomi, vous faites erreur mon ami. »

La partie de Go s'intensifia entre les adversaires.

« Le Sud a longtemps été en dehors de vos querelles. Désormais, un cerisier a donné naissance à une nouvelle fleur, plus belle et plus forte que les précédentes : Akuma no Musume, la fille du Démon.
La mort est la fin de toute chose. Et la fin de l'ère de la déesse Amaterasu arrive avec l'ambition de la déesse Izanami. »


Une petite pierre chuta inlassablement au sein de la grotte.

« La Paix et la Guerre sont les deux faces d'une même pièce. L'Empire d'un despote est l'entité qui donne naissance à ces deux facteurs qui plongeront le Pays dans une guerre plus meurtrière et effroyable que par le passé. Je suis contre ce sombre avenir, mais je ne suis pas pour la longévité de votre règne. »

Une vague se fracassa contre les rochers qui bordait la petite cavité.

« Vous êtes vous renseigné sur la disparition de mes parents ? »

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Musashi Kamiizumi


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Akamatsu Seito
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Jisei no Ôyashima
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MessageSujet: Re: Convalescence de l'âme   Ven 13 Mar - 10:59

Je dois bien reconnaitre que c’est un joli coup !

Akamatsu Seito réfléchit ardemment ; ses sourcils froncés et les muscles contractés de son facies en témoignaient.

Mais ne pensez pas que la victoire est déjà vôtre.

Au rictus naissant, il parut satisfait. Sa main, tenant la petite pierre blanche, s’agita trahissant son engouement pour son prochain coup.

Vous réclamez votre dû avant même d’avoir gagné Musashi.

Son ton parut amusé. Il contempla le goban de bois. Le jeu était déjà bien avancé maintenant. Il devait reconnaitre que son adversaire l’avait plusieurs fois surpris par la vivacité de son esprit et les diverses tactiques qu’il avait mises en place. Il se demandait d’ailleurs, si la stratégie conçue n’avait pas commencé bien avant le premier pion posé. Il ne tarderait pourtant pas, à comprendre tout deux que le véritable duel n’avait en réalité pas encore commencé.

Ne vous méprenez pas. Je ne suis guère venu en quête d’allégeance, mais seulement de vérité.


C’était de nouveau à lui. Il remua frénétiquement son bol de galet.

Je ne m’inquiète pas non plus quant à la souveraineté de ma chère déesse. Il m’est arrivé de douter parfois, je dois bien vous l’avouer, tout honteux que je suis. Il m’a alors suffit de me taire un instant pour prendre conscience de son pouvoir et de sentir sa chaleur caresser ma chair, de lever les yeux vers les cieux afin de contempler son règne et son influence incontestable sur toute la terre. Contrairement à d’autre, elle est bienfaisante et source de vie. Et je vous le dis, aucune ténèbre, aucune ombre ne  peut se présenter à elle, sans disparaitre. Voilà sans doute pourquoi tant d’hommes la craignent tant…

Son discours métaphorique était empli de conviction et d’une foi inébranlable (pour cette fois du moins), mais il sentait qu’il ne pourrait dissimuler guère longtemps ce qu’il savait. La détermination de l’orphelin du Sud, tant dans son regard, que dans les coups portés, obligeait le seigneur d’Asahi à rentrer dans le vif du sujet.

J’ai en effet eu accès aux archives concernant la disparition de vos parents.

Il prit un temps, sans même que sa main ne pose une seule pièce, dévisageant son homologue.

Quand j’ai su, un choix s’est imposé à moi. Devais-je vous faire part de cette révélation ? Même si elle devait changer à jamais votre regard sur vous, sur moi etsur la face du monde. Mais pour le respect que j’ai pour vous, pour cette quête de vérité que nous désirons tous les deux, je pense qu’il est de mon devoir, de vous transmettre les informations que je détiens.

Il chercha ses mots, ne trahissant pourtant pas son émotion, ses pensées, ni ce qui allait suivre. Il demeura ainsi, à genoux, le dos fier et droit.

L’enquête a conclu, comme vous en aviez acquis la certitude, que l’incendie était d’origine criminelle.


Il essaya d'entrevoir la lueur qui naitrait dans les pupilles rougeoyantes qui lui faisaient face. Serait-elle destructrice ?

Mais le responsable n’est pas l’Empereur, comme vous persistez à la croire. La garnison dépêchée avait pour mission d’endiguer les flammes, causées en réalité par…  Shingen Kamiizumi.

Assurément elle le serait et peut être pire encore. Seito se devait de poursuivre rapidement son argumentation, sans laisser le temps à l'esprit d'en face d'encaisser les accusations. Il tenta de se rappeler avec précision de tous détails lus, se revoyant dévorer avidement des yeux le papier emprunté.

Les témoignages décrivent en effet un homme dont le cœur était troublé depuis longtemps par les guerres incessantes.  Il avait délaissé son propre clan, cette liberté qu’il avait acquise et fondée avec tant de ferveur, pour se reclure avec son épouse, son fils unique et plusieurs autres enfants qu’il avait recueillis, vous le savez déjà. Beaucoup trop semble-t-il. Les ravages de la guerre ne cessaient d’apporter son lot d’orphelins. Et malgré sa bonté infinie, qui finit pourtant par avoir raison de son esprit, il ne pouvait plus subvenir aux besoins de toutes ces jeunes âmes en peine. Il était un homme de paix et voyait en l’Empire un moyen d’unir les peuples et d’éradiquer avec la famine et la désolation, mais l’instauration ne se fit pas aussi rapidement et le contexte d’après-guerre était encore extrêmement éprouvant pour bien des familles. Alors pour un homme qui avait avec lui plusieurs dizaines d’enfants…

Il reprit son souffle, son visage devenu sévère par l'empressement de ses propos, regagna son impassibilité pour un temps seulement.

Je mesure mes propos face à vous, mais la folie semblait bel et bien l’avoir gagné, ne pouvant faire face à sa propre impuissance.  Pour preuve, une page de son journal retrouvée et conservée dans laquelle il parait obsédé par un homme drapé de noir, qu’il croyait voir omniprésent, y compris dans sa propre chambre la nuit et qu’il s’évertuait à rechercher… Vous connaissez la signification d’une telle description. Un Shinigami. Il recherchait la Mort elle-même. Ne supportant plus cette vie, qu'il jugeait pestilentiel pour lui et les siens, il aurait donc volontairement mis le feu à l’orphelinat et envoyés les siens dans l’Autre Monde, où l’innocence de leurs âmes seraient récompensées.


Il s’arrêta, mais ne laissa guère le temps à son interlocuteur d'intervenir, tant bien même sa tête fut martelées par d'innombrables questions et l'envie meurtrière de le faire taire.

Bien que cette première version soit considérée comme la plus plausible, certains enquêteurs la réfutent, à cause d’une preuve contradictoire : Votre existence.


Il continua sachant pertinent qu'il s'enfonçait, en quête de lumière, dans une forêt obscure où revenir en arrière ne serait pas permis. Il semblait abusé de la position de confiance qu'il avait gagné.

Il est difficile de penser qu’il se soit résolu à vous épargner alors qu’il mettait délibérément fin à la vie de tous ces enfants et de votre mère elle-même. Il est également difficile d’imaginer que vous vous soyez échappé, alors qu’il vous aurait sans doute enlacé dans ses bras pour ces derniers instants, au cœur même des flammes.

Il reprit, amenant enfin sa véritable pensée. Bien qu'il ne fut sarcastique, il ne put réprouver un certain timbre accusateur. Depuis combien de temps attendait-il cela ?

Les faits sont donc les suivants: Vous êtes le seul survivant de cet incendie. Vous avez été retrouvé aux portes de votre clan, dont vous connaissiez l’existence par la bouche même de son fondateur, où votre héritage et votre destin vous attendez. Avant cela, vous étiez le fils unique d’un père exemplaire et d’une mère aimante, qui un jour, décident d’adopter de nombreux autres fils et filles. Quelle était donc alors la place de ce fils unique , destiné à être seigneur,  dans cette nouvelle, belle et grande famille ? Vous l’avez compris, le deuxième suspect et le seul actuellement vivant, c’est vous, Kamiizumi Musashi...

La sentence fut sans appel. L’ambiance devint pesante. La grotte avait désormais des allures de tribunal et le bruit des vagues ressemblait au vacarme des jurés délibérants.

Néanmoins, le rapport ne dit pas si vous avez perdu la mémoire suite à ce traumatisme ou si au contraire, votre esprit n’a jamais été aussi clairvoyant et brillant depuis cet incendie. Vous l’avez dit vous-même après tout : « La sagesse d’un homme se prouve par son expérience, non par son ignorance. ». Alors je vous pose à mon tour la même question. Vous dont la « cicatrice est bien réelle », vous qui avait fait l’expérience de cette tragédie, vous qui prétendez avoir la sagesse de percer l'illusion de ce monde, qu’est-ce que vous « ignorez »  vraiment de la disparition de vos parents ?

Ils ne jouaient plus.

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MessageSujet: Re: Convalescence de l'âme   Lun 16 Mar - 16:10


" .. Shingen Kamiizumi. "

Sa main se crispa au-dessus du bol noir. La face dans l'ombre de ses mèches, sa respiration s'était arrêtée. Le récit du Seigneur Akamatsu heurta l'âme de l'orphelin. Son père, auteur du plus grand massacre d'enfants de tous les temps. Les doutes l'envahirent. Quels souvenirs véritables avait-il de ses parents .. Tout se bascula dans sa tête. Un carnage causé par la folie d'un seul homme. Un samurai ne pouvant se résoudre à abandonner les fils de la Grande Guerre ..Un dirigeant voyant une sombre silhouette les nuits de pleine lune .. La même ombre que Musashi avait aperçut une nuit de songe. Son père, un fou infanticide .. Pourquoi ?! Non ce n'était pas cohérent. Son paternel était un homme bon. Exterminer sa propre famille était un acte horrible. Le Seigneur du Sud retrouva son contrôle et attrapa une pierre. Il expira lentement afin de calmer ses émotions. Une seule preuve contredisait ces élucubrations.
Son existence.


" .. Le deuxième suspect et le seul actuellement vivant, c’est vous, Kamiizumi Musashi. "

Son esprit se brisa. Son corps entier subit une secousse sous le poids de l'annonce. Sa main se resserra sur le pion pour éviter de trembler. Sa respiration s'accéléra. Ses yeux dans l'ombre de ses cheveux s'écarquillèrent sous les terribles accusations de son homologue. Il bascula sa tête vers le sol rocheux. Ses pupilles s'agitaient sous les multiples questions qui faisaient vaciller son être. Lui ? Un démon à l'apparence humaine. Non. Une boule au ventre de frayeur s'installa au sein de son estomac. Non. Il n'avait aucun souvenir du départ de l'incendie. Où était-il quand cela avait commencé .. Que faisait-il lors du commencent de cette tragédie .. Le feu, les orphelins, sa mère, son père .. Non. Non !

« Kisama. »

Musashi releva son visage étiré vers Seito. Sa mâchoire se contracta. Une larme coula le long de sa joue gauche. Les traits autour de son nez s'accentuèrent lui donnant un aspect de loup. Ses yeux grands ouverts injectés de sang, fixés l'accusateur avec un air de furieux. Son museau trépidait sous la colère qui se déversait en lui. Son souffle était devenu oppressant. Les veines de ses tempes ressortaient comme jamais. L'aura de l'élu du Kami Izanagi était teintée de rouge. La haine habitait le dernier Kamiizumi.

« Vous venez sur mes Terres pour m'accuser du meurtre de mes parents .. Vous, serviteur de l'assassin de votre père.
Misérable chien. »


Il lâcha la pierre qu'il tenait. Sa chute résonna entre les parois de la grotte. Sa main se porta à l'intérieur de son kimono pour saisir un objet. Elle ressortit avec un pendentif qu'il tenait du bout de ses doigts. Il amena le collier au niveau de son visage. Un rictus se dessina sur sa face. La troisième relique familiale des Akamatsu .. L'amulette du père de Seito.
Son prochain coup allait être décisif. Il approcha le talisman avec délicatesse du goban. La case qu'il avait choisie serait fatale. La fin de la partie ! Mais il s'arrêta au dernier moment au-dessus du bois. Ses pupilles étaient ancrées dans celles de son homologue. Son pouce glissa sous l'objet de valeur pour l'envoyer voltigeait dans les airs.
Dans un geste rapide, sa main passa dans son dos pour saisir son wakizashi ! Il dirigea le bout de sa lame sur l'amulette, encore en lévitation, avant de l'abattre avec hardiesse sur le goban ! Le pendentif explosa sous la puissance du coup, tandis que le plateau en bois éclata en son centre. Des échardes volaient au ralenti entre les deux hommes. Son visage se rapprocha de celui du neveu de l'Empereur. La main fermement accrochée à la poignée de son arme. La tension n'avait jamais été aussi palpable.


« Les flammes dévorent les rideaux .. Je suis effrayé .. Le bois crépite sous la chaleur infernale .. Les jeunes minois sont tuméfiés par la souffrance et la douleur .. Ma mère me hurle de fuir .. Je ne peux pas bouger .. Une poutre s'abat sur sa délicate silhouette .. Je pleure en lui ordonnant de venir me prendre contre elle .. Elle ne me répond pas .. Mon père me crie de partir avec les enfants .. Je suis tétanisé .. Le Feu l'enveloppe .. Le noir absolu. »

Un mutisme malsain s'immisça dans la scène. Le visage de Musashi était déterminé. Son bras se raidit. La lame plantée dans le jeu tourna sèchement sur elle-même. Le goban se cassa en plusieurs morceaux. Une nouvelle vague s'abattit sur les rochers.

« Partagez ma peine, Seigneur Akamatsu. »

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"Au coeur des ténèbres, je ne cherche pas la lumière.. Je la crée."
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MessageSujet: Re: Convalescence de l'âme   Jeu 26 Mar - 19:01

« J’ai encore perdu…»

L’enfant semblait  déçu et quelque peu honteux.

« Ton but était-il de gagner à tout prix, Seito ?»

« Bien sûr ! N’est-ce pas ce que vous essayez de m’enseigner avec ce jeu ? »


L’homme parut sourire. Il fut discret et bref, rare égarement qu’il se permettait pour un homme de son rang et de son époque, même face à son unique héritier.

« Comprendre ton adversaire, voilà la véritable leçon.»

Le jeune garçon interloqué, haussa les sourcils, trahissant son incompréhension.

« Comprendre mon adversaire et gagner, n’est-ce pas une seule et même chose ?»


Un silence empli de réflexion et de sentiments s’instaura entre les deux êtres du même sang.

« Assurément que non, mon fils. »

____________________________________________________________________________________

La lame vibrait encore plantée avec force dans la roche. Elle était désormais le centre d’une galaxie composée de  débris d’ambre, de galet et de bois. Akamatsu Seito contemplait la beauté des éclats. S’attendait-il à une telle création ? Il avait certainement entrevu  le croisement des lames, mais sans doute pas la collision de leurs passés arrachés dès leur plus jeune âge. Quelle pertinence dans son impulsivité ! Un tel assaut qui visait non pas la chair mais l’âme elle-même.

Les pupilles rétrécies, sa mâchoire et ses points contractés. Si son esprit avait été préparé, son corps lui, ne put réprimer l’agitation intérieure qui l’envahissait. Ce fut comme si les vociférations de son adversaire avaient fait écho en lui. Les vibrations se ressentaient jusqu’à la surface de sa blanche peau et son cœur palpitait au rythme de ses pensées. Il se décida à plongea le regard dans le sien. La sensation ne se calmait pas, au contraire. Les extrémités de ses membres le démangeaient. La cicatrice de son torse le brûlait. Son katana était disposé à sa droite. Il n’aurait aucun mal… Il fallait que cela cesse ! Il fallait que les hurlements de cet homme se taisent ! Son père venait de mourir une deuxième fois… Non… Il ne le permettrait pas... Non ! Maintenant… NON ! Il le fallait… Il allait… Il…

Il rit. Un rire nerveux qui ne lui ressemblait pas et qu’il ne put contenir. Il n’avait rien de joyeux. C’était là, la libération de son être tout entier des maux qui le rongeaient. L’antidote à ce poison, enfin l’espérait-il. Mais il réalisa soudainement que cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas ri ainsi, ni pleurer d’ailleurs. En réalité cela faisait bien longtemps qu’il ne s’était pas sentit vivant. Il eut voulu s’allonger et rire alors toute une vie… L’idée que l’homme, qui lui avait planté sa lame en plein dans l’âme, lui avait permis de le réaliser, l’aida à se calmer. Ses traits se détendirent progressivement et dans une longue inspiration il recouvra son impassibilité.


«Quelle ironie, n’est-ce pas ? Mon oncle m’a arraché ce pendentif. Il ne l’aimait guère, ni ce qu’il représentait. C’est vous pourtant, qui venez de le briser. Peut-être que le plus dévoué à sa cause n’est pas celui que l’on croit… »

Faussement amusé, son ton se fit plus lasse; la fatigue d’une lutte qu’il savait perdu d’avance.

« Le misérable chien que je suis ne pourra jamais partager votre peine Seigneur Kamiizumi, je le crains.  Ce que vous pensez être couardise de ma part n’est en réalité que sagesse. J’ai cessé depuis longtemps de regarder derrière moi, quand j'ai accepté ce passé que je ne comprenais pas: Mon père s'est donné le seppuku parce que ses valeurs et son honneur valaient plus que sa propre vie. C'est la différence entre vous et moi. Vous êtes à la recherche d’un passé qu vous n'accepterez probablement jamais. Vous êtes tellement obsédé par ce passé chimérique que vous en oubliez l’instant présent et l’espoir d’un avenir plus radieux encore. »

Il le dévisagea alors d’un regard dur et d’une voix cynique qu’il ne dissimulait plus.

« Pardon… Cela n’est pas exact. Vous rêvez en effet d’un avenir radieux pour tous les peuples et surtout pour vous-même, appelé… vengeance. »

Il saisit des petits morceaux, semblant se rappeler des souvenirs désossés. Il les fit craqueler sous ses doigts, les observant redevenir poussière.

« Mais vous n’êtes pas unique. En réalité, chaque homme ayant été une fois opprimé depuis la nuit des temps a partagé votre merveilleux rêve. Et nombreux sont ceux qui ont tous mis en œuvre pour l’exaucer. Le résultat ? Une vie de guerres interminables. Car la haine engendre la haine: Mogami et Uesugi. Akamatsu et Ôsaki. Hayashi et Ryûzoji... Et peut-être même Sakuma et Kamiizumi. Tant de clans qui se sont entretués encore et encore  répétant inlassablement ce cycle sans fin… »

Il libéra les débris, qui retombèrent avec légèreté sur le sol.


«Le nombre de morts n’a enfin cessé de croitre que lorsque l’Empire est nait. Parce qu’il s’est fait le rempart de toute la haine des Hommes. Il était nécessaire qu’une ennemi  commun à tous et que tous craignent vienne au monde pour que la paix perdure enfin.»


Il se leva alors, prenant passivement son katana toujours rangé dans son fourreau. Il surplomba son homologue. Il prit le temps de secouer sa fine tunique recouverte de poussière et d’éclats.


« Il n'y a pas si longtemps, un ennemi de naissance s’est entretenu avec moi. Je lui ai proposé d’en finir. Il lui suffisait juste de me pousser dans un gouffre sans fond. »

Il marqua un temps.

« Il ne l’a pas fait. Savez-vous pourquoi ? »

Rhétorique pure.

« Parce que sa vengeance aurait pris immédiatement fin et de surcroit le sens même de son existence. En réalité, il se moque éperdument de son peuple et plus encore de la paix sur cette terre. Tout ce qui lui importe c’est que cette vengeance soit « longue et éternelle », parce qu’elle est la seule façon pour lui de se sentir vivant ! »


Il laissa de nouveau place au silence. Il s’écarta alors de quelques pas, avant de prendre la direction, de son étalon alezan. Arrivé près de lui, réajustant sa  selle en cuir, il se retourna une dernière fois.


« Et vous Musashi ? Vous qui ne voulez ni d’une guerre incessante, ni d’une paix durable… Si vous vous retrouvez face au sujet de votre colère, avec l’incroyable possibilité de pouvoir mettre un terme à sa vie, la saisirez-vous en prenant le risque d’anéantir également votre incroyable raison de vivre ?»

Il passa l’étrier de gauche et se hissa sur sa monture, avec une grande aisance.

« Comme je vous l’ai dit, je suis venu ici en quête de vérité; je l’ai désormais obtenue. Votre infinie souffrance, votre bras amputé, votre fausse Vérité ne sont que des prétextes pour justifier votre légitimé à vivre et à haïr !»

Il venait de prendre les rênes en mains, les faisant onduler légèrement. Son cheval à la fière encolure sortit de sa torpeur. Il posa son attention sur la lame et ce qui restait du goban et du bijou légués par son défunt père.

« Ah, j’allais oublier…  Si ce n’est déjà fait, un serpent devrait incessamment sous peu venir vous siffler quelques mots. De ce que j’ai pu voir aujourd’hui, je ne pense pas qu’il ait besoin de beaucoup de venin pour vous convaincre. Vous verrez, vous vous retrouverez en lui... Entre gens de vengeance vous devriez convenablement vous entendre. Transmettez-lui mes plus sincères salutations ! »

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MessageSujet: Re: Convalescence de l'âme   Ven 21 Juil - 19:38

« Je mettrai fin à ses jours .. Libéré des chaînes de mes nuits. »

Musashi se détourna de son homologue. Un ultime hennissement suivi d'un tambour assourdissant sonna le départ du Seigneur d'Asahi. La silhouette de ce dernier disparut dans l'horizon du désert bordant la région de Minami, en même temps que l'écho se mourut dans la grotte creusée par l'océan. Un mirage à l’allure de centaure filant au triple galop vers sa propre perte. La mise en abyme de sa propre existence dans une prison de colère, au profit du représentant de toutes ses peines. Le cœur de Seito Akamatsu ne battait plus depuis longtemps, et une pâle réplique en pleine dégénérescence résidait dans son thorax. L'Empereur en était le chef d'orchestre.

Le Seigneur du Saishin plongea son regard vers la côte. La houle continuait son ballet incessant aux abords du rivage. Un épervier noir planait au-dessus des eaux. Une aisance naturelle émanait de cet animal synonyme de liberté. Il semblait apprécier l'air marin, les plumes dans le vent, volant dans les cieux avec une grâce divine. Puis il plongea subitement à la verticale dans les flots. Ses serres s'ouvrirent pour se refermer sur sa proie ! Un poisson se débattait en vain dans les griffes de son prédateur. Condamnée à un sort funeste, la victime n'avait rien pu faire face à son agresseur. La patience avait été l'arme du rapace. La loi du plus fort.


« Vous me devez une faveur Seito. Je ne l'oublierai pas. »

Une nouvelle pierre tomba dans la cavité. Deux. Musashi se tourna vers le fond de la caverne. Une silhouette sombre était debout face à lui dans les ténèbres rocheuses. L'homme arborait une capuche masquant son faciès. Une aura maléfique se dégageait de l'inconnu. Le souverain du Sud fixait le nouvel arrivant tout en posant sa main sur la poignée de son katana. Son dos se raidit. Cette personne ne lui était pas inconnue; la douleur de son membre absent le lança. Le voleur de l'un des trois objets légendaire. Lui !

« Qui es-tu Démon ?! »

L'âme malfaisante immobile leva les deux bras sur le côté. Un courant d'air s’immisça entre les deux opposants. Des secondes se perdirent dans le fil du temps. Tout à coup, la créature sorti deux wakizashis de ses manches et bondit avec ardeur sur le dernier Kamiizumi ! Musashi dégaina son épée de son fourreau et eut à peine le temps de positionner sa lame devant lui. La vitesse d’exécution de l'ennemi fut époustouflante. Les armes s'entrechoquèrent avec violence. Le Seigneur banda ses muscles et lâcha un grognement entre ses dents dont la mâchoire se crispa ! Il poussa sur ses membres inférieurs afin de repousser son ennemi, mais dans son élan, il passa au travers de ce-dernier et tomba en avant sur ses genoux dans un bruit sourd ! Une respiration lui caressa la nuque; il était derrière lui. Dans un déplacement rotatif il élança sa lame dans un coup de taille à 180 degrés, et se remit sur ses pieds dans la même impulsion ! Les rayons du soleil à son zénith, se reflétant sur le métal, décrivirent un arc de cercle, dont la vivacité ne pouvait être évitée ! Son katana vengeur trancha un morceau de tissu sans vie. Musashi leva les yeux vers le plafond du souterrain; il était là, au-dessus de lui. Tel l’épervier, ses serres allaient s'abattre sur sa proie sans défense. Les pupilles du serviteur d'Izanagi s'écarquillèrent. Un dernier souffle s'échappa de ses poumons.

Une profonde inspiration sortit de la bouche du jeune Seigneur. Une brise fraîche fit danser ses mèches devant son visage aux traits creusés. Il décolla sa joue endolorie du sol abrupt avec difficulté et prit appui sur son unique main pour se redresser. Une migraine le saisit entre ses tempes. Il passa ses doigts sur ses yeux et les ouvrit péniblement. La lune régnait dans ciel et sur l'océan. La déesse Amaterasu s'était retirée, laissant la place à son frère Tsuki-Yomi dans le firmament. Un rêve ou un cauchemar éveillé. En position assise, il mobilisa ses muscles pour se mettre debout et lâcha un râle d'agacement. Un coffret glissa de son kimono et chuta à ses pieds. Il stoppa son mouvement et fixa la boîte. L'orphelin s'abaissa et saisit l'objet. Il l'ouvrit et contempla la pipe encore chaude à côté de la poudre illusoire. La drogue pour lutter contre son impuissance, son opium. Sa main se contracta et referma le couvercle de son péché. L'esprit encore brumeux, il dirigea son regard déterminé au loin. Il prit une grande bouffée d'oxygène et balança son bras droit en direction des abysses marines .. Aucune onde ne vint perturber la sagesse des flots.

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