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 "Guerre impossible, paix improbable"

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Akamatsu Seito
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Jisei no Ôyashima
Eveils: Gokai
Surnom: Saigo no Yoake
Clan: Akamatsu


MessageSujet: "Guerre impossible, paix improbable"   Lun 12 Aoû - 3:31


« … Que la volonté de notre empereur soit éternelle ! Longue vie à l’Empire ! »
Un vent d’Ouest s’était levé. Au loin l’orage grondait et le tumulte de la pluie d’été se rapprochait. Pourtant, de cette hauteur, le monde paraissait si paisible. Etait-il possible, d’être conscient des problèmes des Hommes, en étant si élevé dans le ciel ?  Comment les dieux pouvaient-ils alors seulement entendre les prières de toutes ces âmes en peine, qui vivaient ici-bas ? Akamatsu Seito ne put s’empêcher d’esquisser un fin sourire. Le voilà qu’il blasphémait désormais…

Quelques heures auparavant, au cœur même de l’édifice impérial, lors d'un somptueux  banquet, remarquable mise en scène d’une harmonie quasi patriotique, ils avaient célébré les vingt ans de la création du nouvel ordre et rendu hommage à son fondateur. Le jeune seigneur du clan Akamatsu s’en était tenu au discours officiel, écrit de sa main (Un des rares plaisirs  qu’il pouvait encore s’octroyer), mais contrôlé et approuvé par l’autorité suprême. Il n’avait adressé mot à aucun convive, mise à part les salutations protocolaires (Ordre du saint empereur lui-même), pas même à son homologue, héritier du clan déchu.  Son «ennemi héréditaire » comme il aimait à le penser. Ôsaki Heiichiro. Ce dernier était un monument vivant, une ombre du passé, laissé en vie, pour que nul n'oublie (et surtout pas Seito) l’Histoire. Ce fardeau, il en avait hérité de ses aïeux, au même titre, que son peuple, son territoire et sa suprématie.


Emmitouflé dans une cape pourpre, il se tenait en contre bas de la Cité, sur un bras rocheux du Mont Shôten. Il contemplait une infime partie de ce pays, dont il semblait tout ignorer. Lui qui pourtant avait reçu la meilleure éducation qui soit; avait appris dans les institutions les plus prestigieuses et avait été pris en charge par les plus grandes personnalités d'Ôyashima.  Tous ces privilèges n’étaient que des prédispositions nécessaires. En réalité sa vie toute entière n’avait été qu’une grande préparation au rôle qu’il occupait désormais. Il avait d’ailleurs toujours eu cette sensation oppressante et immuable de n’avoir jamais eu la liberté de choisir. L’exemple le plus marquant de sa vie restera cette funeste journée. Si on lui avait laissé le choix, il aurait voulu hurler, s’égosiller à en perdre la voix, pleurer toutes les larmes de son corps, laisser assouvir sa haine et déverser sa fureur et sa rage sur toutes les personnes présentes dans cette pièce… Mais il n’avait rien fait de tout cela. Il s'était tu et n'avait pas bougé, consumé de l’intérieure.  Parce que son honneur et celui de son clan le lui imposait. Parce que son éducation et le sang qui coulait dans ses veines, l’obligeait à regarder, en silence et avec fierté, son père mourir.

« Seito… N’oublie pas qui tu es. Que la volonté de notre Empereur soit éternelle ! Longue vie à l’Empire ! »

Une brise glaciale le submergea un court instant . Il était maintenant proche du vide. S’il ne restait nulle trace du sang déversé sur cette partie de la montagne, l’atmosphère était encore imprégnée des émotions du passé. Elle était le vestige d’une nuit en proie à la folie. Cette fameuse nuit, elle était devenue la sépulture de près de deux milles hommes et d’une légende. Elle symbolisait désormais pour les siècles à venir, la débâcle d’un des plus grands généraux de son temps et l’erreur d’un père exemplaire. Un bruit le sortit alors de ses pensées intimes.

« Un religieux m’a enseigné un jour, que pour qu’il y ait la paix sur la terre, il faudrait que tous les êtres, qui la peuplent, soient intérieurement en paix. » Son timbre de voix était resté calme et apaisé.« Peu importe le nombre de célébrations, je sais que cette guerre n’est pas terminée. »D'un pas lent et décidé, il détourna le regard de l'horizon et fit face à son interlocuteur.« Il est temps d’y mettre fin. Ne croyez-vous pas... Seigneur Ôsaki ? »
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Ôsaki Heiichirô
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Jisei no Ôyashima
Eveils: Gokai
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Clan: Ôsaki


MessageSujet: Re: "Guerre impossible, paix improbable"   Dim 25 Aoû - 9:33


« Nous étions contraint d'assister à ce qui allait marquer l'Histoire de Notre Clan, rangés entre le peuple enthousiasmé et les forces de l'Armée Impériale.. Tels des prisonniers de guerre. Ce que nous étions, réellement. Je me souviens de ce silence dans lequel les miens s'étaient emmurés et du malaise psychologique qui les éprouvait. Le visage de Mère était strictement hermétique aux calomnies proférées à l'encontre de Notre Clan. Notre présence attisait les haines et provoquait les bousculades. Les rangs de l'Armée Impériale assuraient notre sécurité ; une sécurité que le Haut-Moine menaçait, par son discours à la louange du Saint-Empereur et à l'intention des instigateurs de la Guerre, dangereusement. Je me souviens de cet emplacement d'où nous surplombions cette foule bigarrée et grouillante : Le Seigneur Ôsaki était sur la place publique.. Agenouillé, les membres ligotés, résigné à son sort. Ils l'avaient préalablement privé de l’Ouïe.. Ils connaissaient les secrets de Notre Pouvoir et les conditions requises pour y accéder. Un traitement indigne. Le Haut-Moine ordonna l’exécution. Le bourreau l’exécuta d'un coup de hache. Les bras s'élevèrent en même temps que les hurlements de joies tandis que les visages se décomposaient dans ma rangée.. Mes yeux ne surent.. se détacher de cette tête décapitée qui roulait sur le plancher, jusqu'à ce que l'un des conseillés zélés du Seigneur déchu, sortit une lame dissimulée de sa manche pour se trancher violemment la gorge. Le sort était aveugle, touchant n'importe qui n'importe quand. C'était bel et bien lui, l'homme qui précédemment m'avait rassuré d'un serein : " Ii kara , shikkari shiro. " (Tout va bien, sois fort.)


Un autre, parmi les miens, se débattait rageusement dans les bras de la Garde Impériale tout en poussant des cris d'indignation, noyés dans le tumulte de la foule. Troubler le Saint-Ordre lui valut d'être battu comme un chien. Ce spectacle macabre, brutal, sanglant, effrayait l'enfant de cinq ans que j'étais. Des larmes dans la voix, j'appelai Mère, le visage enfoui entre ses cuisses. Me cacher .. Dans l'espoir que ce fléau ne puisse m'atteindre. Sentait-elle l'étreinte de son enfant ? Qu'attendait-elle pour apporter un soulagement à ma détresse ? Je sentis Mère trembler sous l'effet de l'émotion. Je levai doucement les yeux vers un visage empourpré de colère. Elle demeurait ainsi figée et résistait à mes secousses. Tant de colère concentrée en elle-même. Quelque chose s'était 'cassé' .. Mère était 'cassée'. L'expression de sa haine .. Je m'en souviens. Où portait son regard .. Je m'en souviens : Le Clan Akamatsu.



Une cassure psychologique en entrainant une autre, le corps de Mère abandonnait toute volonté de surmonter cette épreuve. La Haine consumant tout ce qu'il y avait de plus vital et précieux en elle. Pourquoi ? .. Dans sa crise de larmes, l'enfant que j'étais, manifestait toute son incompréhension. Sur la place publique, le Haut-Moine ramassa et brandit la tête fraichement décapitée, tout en enjôlant le peuple par de beaux discours au sujet du Saint-Empire. Le tragique atteignit son apogée, lorsque le 'Sekai', par ses lumières, ouvrit enfin les yeux de l'enfant inconscient que j'étais : Cette tête décapitée était celle de Père.. »



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Le vent d'Ouest vint de se lever et traversa la Cité Impériale, gémissant dans les arbres de la Cour. Le Seigneur Akamatsu se retira dans la Solitude, au moment où les convives prenaient part au banquet. Le Fils du Seigneur déchu put également s'isoler, échappant même à la vigilance de la Garde Impériale. Les deux jeunes nobles avaient au moins ça en commun:  l'Art de s’effacer par discrétion. Dans une marche silencieuse, il traversa la longue terrasse ombragée jusqu'à son bord, orné d'une somptueuse balustrade. L'orage au loin approchait, tant mieux, c'était son élément naturel.


Pas après pas, il raccourcit la distance qui le séparait de son ennemi tant haï, jusqu'à la naissance de ce bras rocheux. Avait-t-il, auparavant, été aussi proche de lui ? L'ultime pas se fit volontairement plus lourd que les précédents dans l'unique but de signaler sa présence. Au bord du précipice, Akamatsu Seitô se tourna vers lui, sa cape pourpre claquant au vent. La Paix ?

Les bras le long du tronc, à haute et intelligible voix :

« Isolés du Monde au sommet du Mont Shôten, tels des Dieux inaccessibles, vous croyez encore rendre Hommage à la Paix ?
Sa main plate balaya doucement l'air, illustrant ce qui allait suivre : Tandis qu'en dessous, à la surface du Pays, des peuples entiers, dont le miens, gémissent sous l’oppression, incapables d'y résister..

Son regard s'assombrit :

Perdez définitivement tout espoir de conciliation, Akamatsu Seitô, car la Haine fermente dans nos esprits, depuis vingt années..
»
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Akamatsu Seito
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Jisei no Ôyashima
Eveils: Gokai
Surnom: Saigo no Yoake
Clan: Akamatsu


MessageSujet: Re: "Guerre impossible, paix improbable"   Sam 7 Sep - 21:35


Un cri strident retentit du plus profond des entrailles de la terre. Etait-ce le vent s’engouffrant dans ce dédale de montagnes enneigées ou bien l’écho du rire des dieux, à peine perceptible de ces hauts sommets ?

Combien d’Hommes avaient imploré, agenouillés, dans ces temples somptueux à la gloire des dieux ? Combien de litres de sang s’étaient déversé sur les champs de guerre ? Combien de pieuses prières s’étaient dissipées dans les cieux pour que tout ceci prenne fin. Les divinités auraient pu mettre un terme à huit cent ans d’Histoire. Le ciel aurait pu s’assombrir, les éclairs s’abattre, la pluie torrentielle se déverser, la terre trembler et la montagne engouffrer ces deux entités… Les deux pièces maitresses d’un jeu, dont nul ne connait les règles.  Mais les dieux n’y firent rien. Ils se délectaient d’un tel spectacle. Les Hommes n’étaient qu’une distraction pour eux. Et ils savaient que se jouait sous leurs yeux la plus grande tragédie jamais créée : Des mortels défiant le destin, écrit de la main même des immortels.


« … Nos esprits ?"  Les mots venaient d’être repris avec  condescendance.  "Les rumeurs disent que vous êtes en proie à de graves troubles psychiques. Donneriez-vous raison à vos détracteurs ?  Car il serait présomptueux de parler en mon nom. » Il ne laissa guère le temps à son interlocuteur de répondre. Usant de la rhétorique qu’il avait étudiée, il poursuivit sur un ton plus autoritaire cette fois. "Durant toutes ces années, je me suis efforcé de me libérer de ce sentiment de colère, qui emplissait mon cœur. Car la vérité absolue est que la haine engendre la haine. Vous devriez être le plus à même de tous à  le comprendre ! Votre haine est-elle donc si grande,  que tous vos démons intérieurs ne suffisent plus à la contenir ?"

Leurs épées étaient restées emprisonnées dans leurs fourreaux, une bataille venait pourtant de s'engager. Un art de guerre, qui n’était pas enseigné dans les manuels. Leurs regards ne s’étaient pas détournés un seul instant, bien qu’ils s’efforçaient de ne laisser transparaitre leurs sombres pensées.

« Si tel est le cas, mes aïeux ont fait de moi le sceau qui annihilera cette haine destructrice ! Ici et maintenant Ôsaki Heiichirô, je vais vous délivrer de cette folie et offrir à nos peuples respectifs le salut qu’il leur a été jusqu’ici refusé ! »

L’orage, qui grondait au loin, était encore trop distant pour les menacer. Pourtant, ici même, jailli un éclair étincelant. Pourfendant l’air, il se fit plus visible. Un éclat d’acier qui se figea à une distance offensante du visage du jeune seigneur déchu. Cette lame finement forgée, aux inscriptions gravées en lettre de feu, était le symbole du clan Akamatsu.  Chaque seigneur l’avait eu en main, son prédécesseur étant le saint Empereur lui même. Elle s’était abreuvée du sang des plus illustres. Elle avait été brandit fièrement si souvent vers le firmament, galvanisant des armées, célébrant des victoires, imposant aux vaincus son joug incontestable. D’ailleurs, il s’en trouvait un juste ici. Un vaincu, pour qui cette lame n’était pas symbole de toute puissance, mais d’asservissement, de disgrâce et de solitude.

Les sables du temps s’écoulèrent lentement. Les cieux paraissaient se délecter d’un tel spectacle. D’un mouvement nonchalant, pourtant, Seito rompit la tension présente en écartant alors  ses bras en croix. Son katana toujours enlacé dans sa main droite, n’avait plus rien de menaçant. Il recula d’un pas. Devant lui son ennemi mortel. Derrière lui le vide. Encore un seul mouvement et il sombrerait dans le néant. Une pierre roula sous son talon, chuta et disparut dans les tréfonds. Il attendit là, impassible, son châtiment. Le vent se tut ; les dieux eux-mêmes retenaient leur souffle, devant ce qui semblait être le dénouement d’une rivalité légendaire.

«Il est temps d’assouvir votre vengeance et d’apaiser votre âme ! Pour le bien de l’humanité, seigneur Ôsaki, montrez-moi à quel point votre Haine est grande ! »
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Ôsaki Heiichirô
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Jisei no Ôyashima
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Clan: Ôsaki


MessageSujet: Re: "Guerre impossible, paix improbable"   Mer 2 Oct - 8:47

Ce qu'il faut savoir :



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La Haine renfermée, blessait celui qui haïssait, et non le haï. Un modeste tribut à payer pour cet être sinistre, la Haine lui donnait une raison de vivre; Haïr était un besoin pathologique. Le Pays tout entier voyait son trouble et son affliction, en silence. Surement, était-il le dernier de sa lignée.. résolu de tirer une Vengeance terrible d'un crime aussi cruel envers les siens. La détermination de mourir, quant à elle, avait trouvé une demeure stable dans son âme. Le Saint-Empire méprisait le danger qu'il représentait, le Clan Ôsaki ayant perdu son âme, vingt ans auparavant. Mais, le feu qui semble éteint, souvent dort sous la cendre: Une leçon qu'ils apprendront à leurs dépends.

La vérité était qu'il ne ressentait ni remords, ni empathie, usant de la manipulation, avec un génie remarquable, pour obtenir ce qu'il souhaitait. Politicien machiavélique, il dosait parfaitement la crainte et l'amour qu'il pouvait inspirer, de façon à maintenir l'ordre et l'unité de sa cité. Dans sa recherche immodérée de la domination et des honneurs, Heiichirô élèvera le Clan Ôsaki, sacrifiant à son ambition, le Salut d'Ôyashima. Et, ce n'était que la première phase d'un effroyable Dessein.. Un Homme de pouvoir, qui n’hésitera pas à ouvrir toutes grandes les portes au Mal, si cela devait servir ses intérêts. Un être, 'sans personnalité propre' d'après ses détracteurs, qui observera le Pays brûler, lorsqu'il fera de sa Haine renfermée, une Haine ouverte et incandescente. Ôyashima voyait grandir sa pire épreuve.

Une rivalité avait dressé Akamatsu Seitô contre lui. Ce Grand Cœur qui dédaignait et oubliait, croyait sincèrement en une Sainte-Destinée, dont il serait l'élu, libérateur des peuples opprimés. Le Destin l'éprouvera à coup sûr.





Au sommet de cette montagne mythique, les éléments semblaient se mêler à l'intensité du moment. Au loin, d'épais nuages zébrés d'éclaires enflammaient les Cieux, illuminant les façades exposées de la Cité Impériale. Assourdis par le grondement du Tonnerre, les convives prièrent la Garde Impériale d'insonoriser, autant que possible, le bâtiment. L'un des soldats exécuta cette tâche à la hâte, condamnant, sans même le savoir, l'accès principal aux deux seigneurs. Qu'à cela ne tienne, ce face-à-face inespéré était le début de leur Histoire et ils l'écriront, quitte à défier les éléments, quitte à en mourir.. Rester inébranlable dans ses convictions, telle était l'Attitude Juste du Guerrier, qui songeait à la mort avec la conscience vive de ce qu'exigeait l'Honneur.

Les vents impétueux qui soufflaient de l'Est, s'écrasaient contre le Géant Sacré, laissant échapper de longs gémissements sur tout le Domaine. Face au déchainement de l'Orage, l'Héritier du Clan Déchu, n'éprouvait aucune peur de souffrir ou mourir, résigné face à l'inévitable. Chaque mot de son ennemi héréditaire, l’obsédait, retentissant dans sa tête comme l'éclat de tonnerre. Sous l'effet soudain des rafales de vent, sa longue cape, couverte de motifs ornementales, se mit à ondoyer de tout son long, révélant ses armes suprêmes: Katana et Wakizashi à gauche, glissés dans la ceinture, et attachés par un cordon, conformément à la tradition qui avait force de Loi.

Son antagoniste, quant à lui, ne craignait pas de brusquer le dénouement de ce face-à-face: L'attitude du vainqueur, écrasant le vaincu de son mépris. Le visage d'Heiichirô, blême, comme dépourvu de vie, s'assombrit. Acceptera-t-il de se ranger à la raison, après cet affront à l'Honneur ?


« Vas-tu enfin te taire, Misérable Pantin.. »

La révolte de l'instinct contre la raison. Une bourrasque de vent rabattit sa capuche en arrière, tandis que sa main droite, dans un instant fatal où le temps s'était arrêté, vint fermement étreindre le Tsuka (poignée) du Katana. Cette façon qu'il avait eu d’effleurer ces caractères gravés dans le bois, témoignait d'un respect absolu à l'égard de ses vénérables ancêtres. Malgré son acharnement à étouffer ses émotions, vingt longues années de tourments purent se lire sur ce visage expressif. Sa raison chancelait, à l'image d'une barque dangereusement agitée par la houle de l'Océan. Une décharge d'adrénaline, le contrait à desserrer les dents:

« Le sceau disais-tu.. »

Il n'était désormais plus question de se cuirasser contre les affronts, l'appel de la Vengeance raisonnant dans son esprit, plus que jamais. Sous l'effet de la colère, Heiichirô tira le Katana de son fourreau, fendant l'air tout au long de l'extraction. Une lame d'acier inoxydable, ornée de motifs finement ciselés, longue de soixante-treize centimètres.

« Pauvre fou-kKk'... ! »

Propulsé en avant par des jambes robustes, son corps fondit sur son adversaire, affrontant sans reculer les bourrasques de vent. La gorge nouée de colère, il n'avait pu conclure sa répartie. Le Cri rauque du Guerrier s'élevait sans fin. La Haine avait enlaidi son visage, réduit à l'animalité par ses pulsions meurtrières. Dans sa course effrénée, le fibule se décrocha de ses vêtements, libérant sa cape déjà loin derrière lui. Son corps avait accumulé tellement de puissance, que le sifflement strident de sa lame avait dominé le hurlement du vent. Cette noirceur grandissante, née des affres de l'humiliation et de la douleur, avivait en lui ce désir violent de tout dé-

__________________________________

Ses paupières jointes se mirent à battre, chassant toute cette obscurité devant ses yeux, jusqu'à apercevoir les derniers et maigres rayons de Lumière, étouffés par l'Orage. Akamatsu Seitô attendait sa réponse, le corps en croix, au bord du précipice. Cela n'avait pas de sens, lui qui était en plein cœur de l'action. Aurait-il eu une Vision, grâce aux Lumières du Gôkai ?

« Un rêveur poursuit toujours sa chimère.. » répliqua-t-il, tout en rabattant sa capuche en arrière de ses deux mains: Une impression de déjà-vu.
 
Ses émotions parfaitement disciplinées, il poursuivit: « Cette 'vérité absolue' n'est pas la raison pour laquelle vous vous êtes libéré de la Colère. 'Il' n'est peut-être pas votre ennemi, mais 'Il' est l'auteur de vos malheurs, l'objet même de cette Colère. Son regard psychologue épiait la moindre réaction sur le visage de son ennemi: L'Assassin de votre père ..

Marquant une pause:

Capable de percevoir la Réalité dans l'Illusion de ce bas-monde, vous avez pourtant fait vœu d'Allégeance à Celui qui l'entretenait. L'Empire contrôle impunément la Destinée de chaque Clan et vous avez appris à l'accepter.. ça et la Mégalomanie d'un Empereur Paranoïaque.. Qui a sacrifié nos deux familles respectives pour assouvir son ambition. »

Son visage se durcit, sévère. « Vous êtes d'une lâcheté révoltante, Akamatsu Seitô.. Lança-t-il avec une facilité déconcertante, avant d'entamer une marche lente en direction de son ennemi.

Vous acceptez votre sort et les souffrances qui en découlent. C'est ce qui nous différencie tous deux. Vous avez la Force mais pas le Courage de vous libérer des chaines qui vous entravent, soumis à l'autorité absolue d'un Fourbe Despote tel un Chien sans Honneur..

S'arrêtant net à la naissance du bras rocheux, Heiichirô sembla faire barrage de son corps. Le vent se mit à mugir entre eux, au contact de ces deux auras qui s'opposaient l'une à l'autre. Les bras le long du tronc, yeux dans les yeux:

Regardez-vous. Au bord du précipice. Toute cette mise en scène n'est au fond qu'un appel au secours.. Cessez de vivre dans la Crainte et libérez-vous de la persécution du Tyran.. Faites-en le dernier acte par lequel vous puissiez montrer que vous avez dominé votre vie. Un pas en arrière et voyez les blessures de l'Enfance se cicatriser.. »
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Akamatsu Seito
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Jisei no Ôyashima
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Clan: Akamatsu


MessageSujet: Re: "Guerre impossible, paix improbable"   Jeu 28 Nov - 2:24


Ses yeux plissés se levèrent vers le ciel, empli de désespoir. Au travers des nuages sombres et d'une pluie plus pressante, il distingua un aigle, majestueux et libre, s'élancer, sans doute, vers des contrées lointaines plus chaleureuses. Seito eut juste à le suivre du regard. Son corps tout entier bascula lentement. Cet instant lui parut si paisible. C’était donc cela, la paix de l’âme ? Bientôt toute cette vie prendrait fin et il l’aurait choisi…

« Qu’espères-tu prouver ? »


Une main ferme venait de lui agrippait le bras avec force. La voix se fit sévère et le ton accablant. Pourtant un long silence s’instaura, avant que d’un timbre lasse et nonchalant, l’accusé réponde, presque résigné, comme le dernier mot d’un condamné.

« Ma liberté »

Il sentit une pression l’extirper des airs. Le contact chaud d’un corps, le souffle rauque d’un être fort, puis une pointe soudaine dans le bas ventre, froide et lente. Il baissa les yeux, révulsé. Un katana d'argent venait de lui transpercer le corps. L’eau et le sang ruisselaient sur son corps, s'abattant sur la roche. Il eut juste le temps de se remettre de la douleur, que la lame se retira pour se planter de nouveau dans sa chair. Elle frappa encore et encore, sans jamais s'arrêter, prenant soins d’éviter les points vitaux. Une blessure se refermait, une nouvelle plaie s’ouvrait. Seito serra les dents et contracta ses muscles une dernière fois, avant qu'un poing ne vienne s'abattre contre sa joue, le propulsant à terre.

Il était étendu là, son corps inerte de quinze ans, meurtri et épuisé par la force brute et  le coût de sa régénération. La pluie continuait de se déversait sur lui et sur cet ombre effrayante qui le surplombait. C’était celle de l’assassin de son père. Son oncle. L’Empereur Tênno Akamatsu.

« Apprécies-tu ta… liberté ? » Un mélange subtil de sarcasme et de sadisme enlaçait ses propos. « Relève-toi, je n’ai pas encore décidé que l’entrainement était terminé. »

« Je vous hais… »

« Non Akamatsu Seito… Tu me crains.»


_____________________________________________________________________

Le vent s’était intensifié, entrainant avec lui l’écho des mots d’Heichiro. Mégalomie. Les premières gouttes de pluie venaient de gagner cette terre glaciale. Paranoïaque. Paradis pour les uns. Sacrifice. Enfers pour les autres. Lâcheté. Un purgatoire pour ces deux êtres.  Assassin. Ils n’avaient jamais été aussi proche l’un de l’autre. Tyran. Bientôt la pluie deviendrait neige. Crainte. Une prison de glace dont personne ne réchappait. Blessures. Était-ce les paroles de cet être ou bien le froid, la cause de cette sensation désagréable ? Comme si l’on s’initiait dans ses pensées les plus profondes, allant jusqu’à scruter son âme.

"Vos mots sont durs seigneur Ôsaki… Et vous parlez avec une telle aisance, de choses dont vous ignorez tout. »

Il avait écouté stoïque, sans rien laisser paraitre, du moins le pensait-il. Avec force, il dissimula cette rage qui l'avait envahie à ces mots si tranchant « assassin de votre père » Comment pouvait-il se permettre… ?

« Mon père… a failli à sa mission. » Son visage se crispa et son regard s’assombrit soudainement laissant entrevoir un instant les démons du Passé. « Il a trahi la confiance des milliers d’hommes qui le suivaient aveuglement. En tant que général, mais surtout en tant que guerrier exemplaire, il a suivi la voie dictée par le code d’Honneur et a délibérément choisi de rejoindre ses factions dans l’autre monde, pour répondre de ses actes devant eux. Il a su  ainsi préserver sa famille et son clan de la colère des morts et d’une disgrâce infinie de la part des vivants. »

Il parut soudainement amusé. Un sourire sincère face à la naïveté d’un enfant.

« Vous me qualifiez de Chien sans Honneur… Mais connaissez-vous seulement votre titre dans tout Oyashima ? » Le ton se voulait rhétorique. Evidemment qu’il le connaissait…

« Seigneur Déchu.  Parce que vous n’avez plus ni honneur, ni droit, ni crédit en ce pays. Il s’agit de l’œuvre d’une seule personne. L’Empereur ? Mensonge de votre part. Non, déni ! Car le seule responsable n’est autre que… votre propre père ! » L’accusation était tombée.« Abandonner ses alliés et ses soldats lorsque la guerre s'avère perdue, tel est l'héritage qu’il vous a laissé. »

« Vous parlez d’Illusions ? Mais vous semblez oublier lequel de nos deux clans maitrise un tel don. Vous accordez à l'Empereur un pouvoir qu'il n'a pas. Que vous fassiez de lui le bouclier nécessaire pour garder l’ordre et la soumission  de votre peuple, je peux le concevoir... Mais pour vous-même, il est temps de sortir de ce songe  éveillé dans lequel vous vous êtes plongés. »


Il persistait dans son réquisitoire, de la façon la plus dogmatique qui soit.


« Car la vérité… est que si l'Empereur n'avez pas accepté d’exécuter votre père,  votre famille aurait souffert d'avantage encore de l’infamie de celui-ci et tous ses membres  auraient péri de la main même de leurs serviteurs ! Oui seigneur Heiichirô… La guerre civile aurait emporté le triste nom d’Osaki ! »

Si ses propos étaient absolus, ses yeux suppliaient son interlocuteur de revenir à la raison.

« Ouvrez les yeux ! Vous vous trompez d’ennemi… Et si je reconnais ces stigmates dont vous me parlez, vous devriez en faire autant... »

Il se tût un temps, le regard vers ce gouffre sans fond.

« Peut-être devrions-nous sauter tous les deux finalement.  Voyez… Nous avons plus de points communs qu’il n’y parait. En réalité Nous sommes le fruit d'une longue lignée Osaki Heichiro, dont nous devons assumer les péchés... Il est temps de nous libérer du poids de nos Aieux ! Comme je vous l’ai dit, cette guerre prend fin ce soir, d’une façon ou d’une autre. Mais pour ce faire, j’ai besoin de connaitre vos véritables intentions et ce, dès maintenant. »


De nouveau, il prit un temps, bien trop court pour laisser son rival s’exprimer, mais assez pour faire deviner les propos qui allaient suivre.

« Sachez toutefois que si vous persistez à vouloir vous faire l’ennemi de cette paix, vous comprendrez que ce qui nous différencie réellement tous les deux… » Sa main se crispa autour du manche finement décorée « c’est que… » D’un mouvement foudroyant il pivota le pommeau, sa lame face à sa poitrine gauche, cavité supposant renfermer l’organe noble qu’est le cœur. Le bruit de la chair et des os qui se déchirent. Le sang s’écoulant en de fins filets sur le métal trempé. Il parut souffrir affreusement, sans pourtant mourir, ne serait-ce qu'un instant, ni même perdre connaissance. Sa tête était toujours penchée vers l'avant. « …Peu importe le nombre de souffrances ou de blessures mortelles… » Il plongea ses iris dans celles de son opposant, puis redressa son buste tout entier vers son adversaire, empli d’un sentiment nouveau.

«  …Je me relèverai toujours pour vous faire face ! »

Un éclair venait de s’abattre à quelques mètres d’eux. Les dieux ne semblaient pas apprécier pas ce qui venait de se produire. Car un homme usurpait un pouvoir qu’il n’avait pas. Son secret bien gardé depuis sa tendre enfance portait un nom… Situs Inversus. Seito Akamatsu ignorait que se présenter, tant bien même il s’agissait de son pire ennemi, comme un Immortel aurait un prix…
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Ôsaki Heiichirô
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Jisei no Ôyashima
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MessageSujet: Re: "Guerre impossible, paix improbable"   Dim 15 Juin - 18:24



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Les pluies s'intensifiaient au loin, gonflant un torrent impétueux au travers de la vallée. Des tonnes et des tonnes d'eau, animées d'un mouvement à la fois puissant et violent, s'écrasèrent au pieds du Géant Sacré, avec fracas. Des détonations retentissaient incessamment, semblables aux décharges continues d'une formidable artillerie. La Nature, dans sa toute-puissance. Au sommet du Monde, des nuées noirâtres, sillonnées d’éclairs, avaient assombries les Cieux du Mont-Shôten. Le froid, quant à lui, s'aiguisait avec le crépuscule, s’apprêtant à délivrer ses morsures acharnées. D'un coup de tonnerre assourdissant, la foudre s’abattit à quelques mètres des deux protagonistes. Une scène quasi-mystique où les éléments se déchaînaient tout autour d'eux et dont Heiichirô, ne semblait plus être témoin. Son rival avait défié l'entendement, paralysant chez lui toute volonté d'agir et plus encore, de nuire. Un tel homme ne pouvait exister ; un tel écart ne pouvait les séparer tous deux. Akamatsu Seïtô, l'Enfant Prodige d'Asahi. Tenu en mésestime depuis le tout début, ce fut en Phoenix Éternel qu'il s'était révélé, dans un coup de théâtre renversant.

Cette épreuve mentale lui parut de plus en plus insurmontable, troublant sa personnalité. Ainsi, un phénomène familier allait se produire, il en avait la conviction intime, de la même façon qu'un épileptique pressent une crise qui est en voie de se déclencher. Dans cette anxieuse attente, une sensation de pesanteur à laquelle il ne s’accoutumera jamais, s'installait. Des voix du passé se confondaient dans sa tête, tandis qu'un bruit sourd dans ses oreilles l'hébétait. 'Ba-dumm Ba-dumm'. Tout son corps prenait conscience du flux sanguin, chaque pulsation faisant passer de sa nuque aux talons une onde d'angoisse. Ses yeux ne purent se dérober de ceux de son ennemi, mais ce n'était désormais plus de lui dont il était préoccupé. Cet état d'hébétude et de torpeur le confinait à l'immobilité. À peine, osait-il respirer. Soudain, le vent fraîchit, portant avec lui, les odeurs de son enfance..

« Débordé par l'Affliction, écrasé par la Douleur,
piégé dans cet état d'Incertitude.. »



Une angoisse qui étreint le cœur, l'envahit. Une voix lugubre s'était élevée dans son dos, d'une réalité, si saisissante, qu'il écarta toute idée d'hallucination auditive. Cet être surnaturel était d'une toute autre stature, probablement, d'une toute autre époque. L'apparat de sa tenue, la pompe de son éloquence, tout en lui rappelait cette irrésistible fascination qu’exerçait les Premiers Seigneurs à l'Âge d'Or d'Ôyashima. Une aura de mystère l'enveloppait. Qui était-il, et pourquoi s'adressait-il au Seigneur Absolu avec tant d'aisance et de familiarité ?

« Perçois-tu les murmures d'outre-tombes ? »

Dans la pénombre crépusculaire, une lueur d'émotion traversa les yeux vides du Daïmyô, tel un éclat de Vie. 'Oui', manqua-t-il d'avouer de vive voix. Ces murmures bel et bien perçus lui causaient tant de maux: Agitation nocturne, insomnie, des nuits de cauchemars, que des substances psychotropes apaisaient à peine. Ce bruit confus de plaintes macabres qui était à l'origine de ces états de dépression et de culpabilité morbide. Pourtant, l'idée de s'ôter la Vie ne lui avait jamais traversé l'esprit. Comme si, une part de lui-même, avait accepté les tourments qu'il subissait. Cette Haine Vitale, qui avait ses profondes racines dans le passé de l'Enfance, trouvait sa subsistance. Ipso facto, la vie trouvait son sens. L'être déshumanisé ne souffrait d'aucune dépression, d'aucun manque d'amour maternel, ni même de la culpabilité. L'état de perfection absolue, désespérément recherché. Parviendra-t-il, à se détacher de toutes ces valeurs humaines qui obscurcissent son Jugement. Quelle est la voie à suivre.

« Haï,
Une réponse à ses angoisses. L'unique.
Tel le Porteur d'une Calamité qui sèmera le Malheur sur toutes choses. »



Une fumée visible dans cet air froid ; la chaleur d'un sentiment nouveau. Un bien-être rarement ressenti, avait apaisé ce cœur palpitant de craintes et d'appréhensions. Libéré de tous bons sentiments d'humanité et de bienveillance, de toutes formes de pitié, c'était avec des yeux nouveaux qu'il voyait, désormais.

« Je te l'annonce ainsi..

Un vent lugubre de fin de règne souffle de toutes parts sur cet Empire Mourant. »
Une parole osée, lourde de menaces, sur un ton d'Oracle et à l'encontre du Saint-Empire.
« La Paix n'existe pas en ce bas-monde.

La Réalité te rappellera cruellement que tu n'es que le Fils d'un Suicidé,
Fervent Partisan d'un Projet dont tu n'as jamais compris la Réelle Nature,
Puisque tu n'en es ni l'Auteur ni l'Âme,
Juste l'Instrument Abusé.. »


Ses bras se levèrent face à lui, formant deux arcs parallèles,
et dont les mains, ouvertes aux cieux, prenaient symboliquement la pluie.


« Un Renouveau d'espérance guide ce Peuple Asservi,
Et de l'Asservissement naît l'Esprit de la Révolution.


L'Ère du Saint-Empire s'achèvera,
Ouvrant sur un Tout Nouveau-Monde d'épanouissement..


L'eau de Pluie s'écoulant d'entre ses doigts fins.

Un Monde où l'Unification par un seul Être n'existera plus,
Chaque Clan décidant ainsi librement de son Destin. »


Sa tête bascula en arrière, paupières closes. Dans le même temps,
ses bras inanimés tombèrent avant de se stabiliser, dans un sinistre balancement.
Une parole s'était distinguée des autres, figeant un instant sa pensée.


« Ni Honneur, ni Droit, ni Crédit en ce Pays..

L'eau de Pluie commençait à ruisseler sur son visage,
Roulant comme des larmes sur ses joues pâles.
L'esprit indécis, vacillant entre Raison et Folie.


J'étais Né,
M'extirpant par Moi-même d'entre les Morts-nés,

-Allusion aux Limbes où reposent les âmes des fœtus morts-nés.-
Inondant ce Pays, des Vices et des Abominations de l'Au-delà..

Ses paupières se mirent à battre, face aux cieux enragés.
Ses yeux terribles scrutaient, balayaient la Voûte Céleste,
Que recherchait-il avec tant d'obstination ?


Ce dernier râle de Chair annonçait, au-delà d'une Naissance,
Un Signe de Mauvais Augure, pour les tiens,
...
Ainsi qu'à cette Grande Déesse, bouffie d'Orgueil !


Les représailles, dans un souffle de Colère Divine, s'abattirent aussitôt, plus près encore des protagonistes que précédemment. Sous les faisceaux de Lumière zigzagants et leurs détonations assourdissantes, ses bras se déployèrent, l'éclat de la Foudre allongeant démesurément son Ombre:

Le Tengoku.. !

Sa poitrine s'était gonflée,
Prêt à porter son message au-delà du Ciel brillant de milles feux.


.. Aurait dû se douter que les Humiliations infligées aux vaincus,
avaient donné naissance, à un Monstre assoiffé de Revanche.. !!


Au fond de ses yeux, là où siégeait l'Âme chez l'Homme, tout n'était que Ténèbres. Les Dieux eux-mêmes, ne reconnaissaient peut-être plus cet être humain. Les éléments s'étaient déchainés, dans l'écho de Celui qui avait blasphémé, avant de s'apaiser. Les secondes s'écoulaient ainsi, dans cette 'inquiétante quiétude', formant de longues minutes. Sur le second plan, la brume légère voilait deux silhouettes humaines, toutes deux courant à vive allure vers les deux protagonistes. Une petite fille des contrées verdoyantes d'Asahi, semblait-il, poursuivie par un Soldat de l'Armée Shitsugéenne, se fit rattraper, puis happer par ce dernier. Oui, ces grands yeux suppliants s'étaient bel et bien levés sur le Seigneur des terres d'Asahi, dont la poitrine était encore transpercée. Une troupe de gens, composée de personnes de tout âge, de tout sexe, s'en était suivie, leur sort également scellé. Les corps trempés se tordaient de douleur et d'indignation, entre les mains de l'Impitoyable Milice Shitsugéenne. Entre les gémissements et les plaintes incessantes, sa voix s'était levée:

Une Vengeance digne de vous doit être longue et infinie..

À ces mots, sonnant comme une promesse solennelle, un cri d'effroi retentit au cœur de cette masse humaine. Au sein d'un tumulte inouï, les lames libérées de leur fourreau, tranchaient, estoquaient, couvertes du sang de leurs victimes, se perdant dans ces chairs toutes chaudes, encore palpitantes de vie. Inhumanité, cruauté et férocité, caractérisaient cet élan de folie pure. Imaginez, sous cette pluie diluvienne, tous ces corps dénudés, mutilés, sans égard pour l'âge et le sexe. Les dernières lignes fuirent désespérément, portées par des pieds, pour la plupart, nus, vers le précipice. Voyant leur Salut dans une fuite désespérée, les Innocents d'Asahi précipitèrent tous leur fin. Ils tombèrent, eux et leurs cris qui déchiraient l'Âme, à la suite d'une grande bousculade. Ôsaki Heiichirô, l'Enfant Prodige de Shitsugen. Il fit volte-face, traversant cette mêlée puante et suintante, écrasant les cadavres de ses pas lourds, se frayant un chemin par la seule force de son regard, le tout, dans une marche déterminée. Derrière lui, sous le bras rocheux où se tenait son éternel rival, les corps tombants se fracassaient, inéluctablement, contre le flanc escarpé du Mont-Shôten. La Fin d'un Règne.

« Infiniment plus Douloureuse que Celles qui tombent du Ciel..

Il s'était penché en avant, sur le corps tout tétanisé de l'Enfant d'Asahi, empoignant sa chevelure blonde souillée. Cette dernière, lui saisit immédiatement l'avant-bras de ses deux petites mains crasseuses. Cris, pleurs, sanglots, et hurlements, ne surent l'apitoyer sur son sort. Ce n'était pas là, les agissements d'un Homme en quête d'Honneur, de Droit et de Crédit, bien qu'il puisse parfois le paraitre, mais ceux d'un être habité par la folie, et pétri de paradoxes ; un homme envahi par le 'Hukushuushin', l'esprit de vengeance.

Car, je ne vous gratifierai d'aucune Clémence..

Cet esprit tourmenté revint sur ses pas, traversant sans sourciller une fumée mouvante à l'odeur si désagréable. Elle s'élevait dans les airs, mêlée à la chaleur des cadavres et au souffle exténué de la Milice Shitsugéenne. Pas après pas, sans mettre un terme à cette vision d'horreur, le Sans-cœur progressa vers l'Héritier Akamatsu, tout en trainant le corps léger de l'Enfant Hurlant par les cheveux. Cette douleur insupportable se prolongeait sans fin à travers le cuir chevelu tiraillé. Le dernier pas, posé à la naissance du bras rocheux, fut le plus lourd d'entre-tous. Il leva le poing, exposant sa victime, couverte de plaies et d'ecchymoses, à son ennemi déclaré.

Et, je l’exécuterai, tout d'abord,
Son visage s’enténébra, tout son être débordant d'une aura meurtrière.
Dans le Sang de vos Innocents.. !!

Une autre Lame d'argent avait transpercée une autre cage thoracique, Droit dans le cœur de l'Enfant d'Asahi, Droit dans un symbole d'Innocence. Peut-être même.. Droit dans le cœur spirituel de son empathique Seigneur, Droit dans ses idéaux de jeunesse. Le corps, aux traits si juvéniles, s'était crispé une ultime fois, toujours prisonnier de l'étreinte invincible de son bourreau, avant de rendre l'Âme. Le Sans-cœur jeta le cadavre aux pieds du Gardien de la Paix.

Sa poitrine se soulevait et s'affaissait, le temps s'écoulant ainsi dans le silence. Inexplicablement, la tête du Sans-cœur s'inclina de façon exagérée. Ses épaules se raidirent, réprimant tant bien que mal ce sentiment compromettant qu'il l'avait envahi. Celui, d'une.. excitation irrationnelle. La retombée de cette explosion émotionnelle, l'avait placé dans un état second, où la Folie avait bien meilleure emprise. Il se mit à rire sadiquement du bout des lèvres, par saccades, tout en levant son regard enténébré sur l'Héritier Akamatsu. Un rire maîtrisé, sans éclat.
Ô Monstre d'invulnérabilité,
Il plaça sa lame de sorte à ce qu'elle soit rincée par la pluie,
insensible à l'acte sacrilège qu'il avait commis.

Qu'as-tu reçu du Ciel, si ce n'est la Malédiction..

Sur le plan mental, le Clan Akamatsu n'était pas immunisé contre la folie, et les souffrances de l'Âme ; il lui était impossible de se régénérer instantanément d'une blessure émotionnelle, mentale. L'Art du Clan Ôsaki, consistait justement à torturer l'esprit humain. « Qu'as-tu reçu du Ciel, si ce n'est la Malédiction ». Une lueur de lucidité, d'intelligence, apparue dans ses yeux malicieux. D'un ricanement guttural, le Disciple du Sôsaku-ô raccourcit la distance qui le séparait de son éternel rival, sans le craindre. Tout au long de cette ascension, chaque pas fut lourdement écrasé, et le dernier fut exécuté sur le cadavre étalé aux pieds de l'Héritier Akamatsu. Ayant pris de la hauteur, son visage fit parfaitement face à celui de son ennemi déclaré. Intimement proche l'un de l'autre, ce dernier put lire dans ces yeux striés et sanglants, toutes les épreuves du passé. Étonnement serein, ses lèvres s'entre-ouvrirent, le souffle léger de ses mots se heurtant au bas-visage de son interlocuteur:

J'accomplirai, ce que tu crains d'accomplir ;
Armé de ce que j'ai hérité de la haine des tiens: le Hukushuushin..

Cette expression sur son visage, Celle du Malin, disparut l'espace d'une mimique faciale.
Je me libérerai de ces tourments qui nous unissent, Frère d'Infortune,
briserai le joug auquel nous avons tous deux été les plus tristes victimes..


Seul ; sans toi. Car, nous sommes si différents l'un de l'autre, après tout.

Tu t'es soumis à une obéissance honteuse,
Attendant l'Avènement d'un Monde Idyllique de Paix..


J'ai choisi de provoquer les remous nécessaires en ce Pays qui m'a tant haï,
l'Ascension vers les hauts-sommets de mon Ambition Personnelle m'attend,
Et Notre Affrontement en sera l'Achèvement Final..


Observe-moi, Akamatsu Seïtô. Poursuis-moi,
Penchant légèrement la tête sur le coté, l'observant sur un autre angle.

Je laisserai toute une trainée de cadavres dans mon sillage..

Sa cape, finement décoré, claqua soudainement au vent.
Il s'était retourné, entamant cette fois la descente du bras rocheux.


Sakuma Yuki, Kamiizumi Musashi, Hayashi Masatô..

Des démons à l'apparence humaine, dont je réveillerai les souvenirs les plus cruels,
Et en exacerberai toute la souffrance. Ils se rallieront d'eux-mêmes à ma cause,
Tous rassurés par la force du Sekai saikyō no otoko, Nobuyoshi Daïdoji..


Levant ses yeux sur la Cité Tengoku, dos à son rival éternel.


Mis au ban de la Société,
Je serai un Ennemi Invisible et Tout-Puissant,
Une Calamité, née des Cris de l'Âme,
Qui sévira aussi longtemps que vous ressusciterez..


Ce bas-monde ne sera pour vous qu'une Longue et Éternelle Agonie,

Faisant doucement volte-face, noyé dans sa propre folie.

Longue et Éternelle, Akamatsu Seïtô..

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MessageSujet: Re: "Guerre impossible, paix improbable"   Mer 21 Jan - 14:57



« Illusion… »

Le tumulte de la pluie dissimula le cri des hommes, qui dévalaient les pentes rocheuses, leurs traits défigurés par l’horreur qui les poursuivaient. Au cœur de ce chaos, sombre magie, une petite silhouette frêle et délicate. Cette tignasse blonde aux yeux d’argent, il l'avait déjà vue, une seule fois auparavant. Ce jour-là, célébrant sa propre tragédie, toute la cité était en  liesse. Tout son peuple louait son sacro-saint sacre, lui qui était le digne successeur de ces pères et l’élu prodige des dieux, du moins le croyaient-ils. Surplombé par son oncle, désormais Empereur et escorté de ses plus avides conseillers, il s’efforçait de sourire, se remémorant avec peine les sages conseils de son défunt père, lorsqu’il la vit. Cette petite fille poursuivant le cortège, jouant de sa svelte corpulence pour se faufiler à travers la foule hystérique. Elle riait aux éclats ; sa belle robe blanche embellie de plusieurs fleurs, dont certaines qu’elle tenait fermement à la main. Elle scandait son nom à lui, plein d’espoir. Cet instant aussi futile soit-il pour la plupart des hommes, demeura dans son cœur. Lui qui n’avait pu détourner son regard d’elle, jusqu’à ce qu’elle se fasse happer, par une foule devenue beaucoup trop dense. Pour elle il accepterait ce fardeau. Pour elle, il ne se contenterait pas de jouer cette comédie comme un vulgaire pantin. Pour elle, il aurait lui aussi l’espoir d’être un seigneur véritable.

« Tout ceci n’est qu’illusion… »

Aujourd’hui, elle était de nouveau là, ses yeux d’argents teintés de larmes, au milieu de cette cohorte, hurlant encore son nom, tentant de l’approcher toujours en vain. Elle ne souriait plus. Elle ne sourirait plus jamais. Elle ne nourrirait plus  l’espoir d’un avenir meilleur.  Elle était maintenue fermement dans les airs par cet être démoniaque.  Le cadavre, se mouvant à ses pieds sur cette pente glissante il le connaissait aussi : Son maitre d’arme. La vieille femme estropiée à sa droite : sa nourrice. Plus haut, blessé sévèrement à la hanche, son professeur de lettre, tentant de protéger ses élèves, en vain. Les soldats égorgés : Ses compagnons de garnison.  A terre, piétinés, ses capitaines. Et tous ceux, qui composaient cette marée humaine, accourant vers leur seigneur, pour se jeter terrifiés vers les confins funestes de ce précipice, manquant de l’entrainer lui aussi dans leur chute. Ils les connaissaient tous.

« Illusion ! Illusion ! ILLUSION ! ILLUSION !! »

Pourquoi ne pouvait-il pas bouger ? Pourquoi ne pouvait-il pas les protéger, comme il se l’était juré ? Cette lame dans sa poitrine lui paraissait encrée si profondément, le crucifiant à une croix invisible, crée avec ses terreurs les plus profondes.  Il avait la douloureuse impression que tels des lances, chaque parole de cet être traversait sa propre chair, d’ordinaire véritable rempart invulnérable, symbole pourtant de la suprématie de ses ancêtres. Elle rongeait maintenant son esprit, comme un poison qui se répand dans tout le corps. Son cœur s’accéléra. La course effrénée de son sang martela son crâne…  Que quelqu’un fasse taire cet homme…

« Les Rois, les Guerres, la Paix, Les Dieux eux mêmes… La réalité tout entière est une illusion »

La petite fille ne pleurait plus. Sa robe blanche maculé de sang. Seito ne put réprimer son aversion envers cet homme, envers lui-même et peut être aussi envers les dieux. Non, il ne devait plus blasphémait. S’en était trop… Pourquoi  l’avaient-ils si cruellement abandonné ? Pour son égarement passager ? Le spectacle était-il à ce point si délectable pour qu’ils le fassent durer ? Heiichirô Ôsaki… Cet enfant du néant était-il donc le châtiment le plus terrible que possédaient les dieux pour Akamatsu Seito , le blasphémateur ? A moins que les dieux eux-mêmes n’aient plus aucun contrôle sur leur propre création… La marionnette s’était-elle extirpée des fils, qui régissaient sa vie ? Non… Les divins marionnettistes étaient toujours là. La pluie était leurs larmes de joie devant ce spectacle si grandiose...

« Mais dans cette réalité chimérique… Qui suis-je dans ce cas ? Mon existence n’est-elle pas, elle aussi, une partie intégrante de cette illusion ? »

La sueur, les larmes ou la pluie plus pressante, il ne savait plus, mais ses yeux se firent plus pesants. Sans qu’il n’en décide vraiment, il réussit à les fermer. Tout en faisant cela, il trouva la force de resserrer d’avantage sa main sur le pommeau de son katana. Il extirpa violemment la lame de sa chair avec la volonté que la souffrance infligée à son corps dissipe celle qui entravait son âme. Il hurla. L’averse, le vent, le silence. Quand il ouvrit les yeux, ce funeste spectacle s’était désagrégé. De même que son instigateur. Il fallut à Seito un temps, durant lequel il tomba à genoux, pour reprendre conscience de la réalité. Elle lui paraissait pourtant toujours si triste et vide… Sa plaie sanguinolente se referma. Son esprit, lui, mettrait plus de temps pour cicatriser. Les traits de son fin visage se crispèrent.


« Ôsaki Heiichirô, es-tu seulement le messager d’un avenir funeste ou l’instrument même des dieux pour punir les Hommes ? Si tel était le cas, je répondrais alors de mes actes devant eux, car en cet instant, j’ai choisis. Ôsaki Heiichirô… Je serai le feu ardent, qui dissipera tous tes songes et te consumera ! »

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